
Athlète-acrobate le soir
Un rêve de petite fille, un hasard de la vie et enfin l’immersion passionnée dans un univers artistique et sportif méconnu. C’est le parcours atypique de Melody Bacher, responsable d’entité informatique le jour, athlète-acrobate le soir.
Son bureau se résume à un ordinateur et un bol de bonbons. Autre ambiance à la maison, où le salon a comme un air de chapiteau, avec ses sangles aériennes qui tombent du haut plafond et des agrès suspendus au-dessus du canapé. Melody Bacher vit ses deux vies à plein temps : cadre à la Direction générale du numérique et des systèmes d’information, et athlète de haut niveau. La tête sur les épaules… mais aussi dans les étoiles.
Le coup de cœur de la Lausannoise pour les disciplines aériennes et le polesport dure depuis seize ans : tissu, pole en duo, cerceau aérien et, depuis peu, flying pole (une barre mobile accrochée au plafond). «Je suis plus à l’aise dans les airs qu’au sol», lance d’emblée l’athlète de 46 ans. Plusieurs fois médaillée nationale, elle est allée jusqu’à décrocher le titre de championne du monde IPSF en cerceau aérien sport (2024) et artistique (2025).
L’athlète de 46 ans a été lusieurs fois médaillée nationale. L’étincelle
Comment en arrive-t-on à la pratique de disciplines aussi peu répandues? Chez Melody, l’envie est apparue très tôt : «Toute petite, j’étais fascinée par l’univers de Knie. Mais ce monde me semblait inaccessible sans y être née.» A l’époque, les écoles de cirque étaient rares dans le canton, et aujourd’hui encore, difficile de trouver des lieux et des créneaux horaires pour s’entraîner quand il faut des locaux avec cinq mètres de hauteur sous plafond.
Finalement, l’étincelle de l’enfance s’embrasera lorsque Melody Bacher atteindra 30 ans. Elle est alors en poste pour deux ans à Mexico City, et passe tous les jours sur le chemin du travail devant les fenêtres d’un centre sportif. «À travers la vitre, je voyais un tissu qui tombait du plafond. Comme je ne pouvais plus pratiquer la course à pied dans cette mégapole, j’ai voulu essayer.»
Tout de suite gagnée par l’ivresse des hauteurs et suivie par un excellent professeur, la jeune femme progresse vite et découvre d’autres agrès, comme le trapèze fixe, le cerceau, la corde ou le hamac. Une «expérience extraordinaire», mais qui sera freinée, à son retour en Suisse, par le manque de locaux et de cours pour adultes.
Force et créativité
Melody a beau grappiller la moindre semaine de stage ou demi-heure d’entraînement, le compte n’y est pas. Elle se tourne alors vers la pole acrobatique. «C’est ce qui se rapprochait le plus au niveau des sensations et des muscles à travailler.» Rigueur, créativité, endurance, force, souplesse, expression artistique, tout y est. «C’est devenu une passion complémentaire aux disciplines aériennes. On peut la commencer à tout âge, même sans être sportif, et il existe des déclinaisons incroyables, pour tous les goûts.»
Depuis dix ans, Melody Bacher se produit dans des compétitions de pole artistique en duo. Sans pour autant lâcher ses premières amours pour l’aérien: le cerceau aérien arrive dans les studios de pole de Suisse romande en 2017. Ses entraînements s’intensifient, les compétitions s’enchaînent, les récompenses aussi, jusqu’aux titres mondiaux de 2024 et 2025.
En compétition, tout se joue en quatre minutes devant cinq juges qui scrutent jusqu’à la moindre pointe de pied.
Cette année, l’athlète s’est lancé un nouveau défi, avec le flying pole. Cette barre dont une extrémité est fixée au plafond, reste totalement mobile entre les mains de l’athlète qui peut la faire pivoter, tournoyer ou balancer au gré de sa chorégraphie. Une triple performance artistique, physique et acrobatique.
Derrière un numéro, des dizaines d’heures de travail... « La peur? Bien sûr que si! »
De la recherche des musiques à la création des chorégraphies en passant par les costumes et le narratif, la préparation des compétitions commence bien en amont des répétitions, qui devront être intenses pour ensuite «fixer» chaque mouvement dans la mémoire du corps. «Derrière un numéro, il y a une huitantaine d’heures de travail», concède l’athlète. Et la peur? La réponse fuse, mais surprend – on pensait aux chutes : «Bien sûr que si! En compétition, tout se joue en quatre minutes devant cinq juges qui scrutent jusqu’à la moindre pointe de pied.»
Sa passion, Melody Bacher la partage et la promeut. En plus des cours qu’elle dispense dans un studio lausannois, elle se bat auprès des institutions pour la relève, via l’Association Aerial Arts Lausanne, qu’elle vient de cofonder : «À ce jour, les subventions dédiées aux athlètes dans ces disciplines sont inexistantes. Et l’accès à des infrastructures adaptées reste un défi majeur.»
Comment fait la responsable d’entité informatique pour tout mener de front? «J’ai la chance d’avoir un mari qui me soutient énormément au quotidien et qui prend plus que sa part dans toute l’organisation de la maison, des repas au ménage. Sans lui, ce serait vraiment compliqué. C’est une vie hyper intense, mais qui me ressource. J’y ai aussi trouvé des amies pour la vie.» (CJ)









