
Gérer sa carrière dans un monde qui change
Changer de poste, se former, faire évoluer ses missions ou simplement vérifier que l’on se trouve toujours à la bonne place: une carrière ne se construit plus forcément de manière linéaire. Deux approches complémentaires permettent d’anticiper les évolutions professionnelles et rester maître de son parcours.
«Dans un monde professionnel qui évolue rapidement, prendre régulièrement du recul sur sa carrière devient indispensable, relève Nathalie Stucki, responsable des prestations pour adultes à l’Office cantonal d’orientation scolaire et professionnelle (OCOSP). L’orientation professionnelle souhaite permettre à chacun de développer les compétences utiles pour gérer activement son parcours».
À la Direction générale des ressources humaines (DGRH), Laura Iannelli constate : «On attend généralement d’être un peu en difficulté ou en inconfort avant de prendre le temps du recul, de la réflexion et de la décision. Alors que l’on pourrait justement se poser ces questions lorsque tout va bien. Cela permet de conserver une capacité de choix et d’impact sur son parcours.»
Toutes deux défendent donc la même idée. Ne jamais attendre d’y être contraint pour réfléchir à sa carrière. Mais leurs rôles sont différents. La DGRH met à disposition des outils pour que collaboratrices et collaborateurs fassent eux-mêmes un premier point sur leur parcours et leurs aspirations. L’OCOSP propose de son côté des prestations d’orientation et un accompagnement professionnel accessibles à l’ensemble de la population vaudoise.
Un mot-clé : anticiper !
À la DGRH, tout commence par un bilan de carrière auto-diagnostique, disponible sur la plateforme interne de l’administration. «Notre but est de donner aux gens les moyens de prendre en charge eux-mêmes une première réflexion sur leur carrière, explique Laura Iannelli. Notre objectif n’est pas de leur indiquer ce qu’ils doivent faire, mais de leur fournir les outils nécessaires pour mieux identifier où ils en sont, ce qu’ils souhaitent et les moyens d’y parvenir.»
Le bilan comprend quatre modules. Le premier, centré sur la connaissance de soi, permet de s’interroger sur ce qui nous motive ou nous démotive au travail, nos valeurs, nos intérêts et nos besoins. Le deuxième module porte sur les compétences. «Il s’agit simplement de mettre des mots sur ce que l’on sait faire, sur ce que l’on souhaite continuer à exercer ou, au contraire, abandonner, mais aussi sur les compétences que l’on aimerait développer.»
Vient ensuite la phase «Mon projet», qui transforme la réflexion en perspectives concrètes. Notamment à travers des questions sur ses envies ou ses aspirations, et des ressources dont on dispose pour les réaliser. Enfin, le dernier module, «Ma postulation», permet de mettre en œuvre le fruit de ses réflexions en passant à la recherche d’emploi, notamment grâce à une aide à la rédaction d'un CV ou d'une lettre de motivation ou encore à la préparation d'un entretien.
Le dispositif est volontairement modulaire. Quelqu'un qui souhaite simplement faire le point sur ses motivations peut s’arrêter au premier module. Une autre personne qui sait déjà ce qu’elle veut, mais cherche comment concrétiser son projet, pourra directement travailler cette partie. «Potentiellement, en une heure ou deux, on peut déjà avoir une idée claire de ses attentes», souligne Laura Iannelli.
Avec l’accord de l’autorité d’engagement, cette démarche peut être réalisée sur le temps de travail. Les informations saisies ne sont pas stockées sur la plate-forme, et restent donc confidentielles.
Nathalie Stucki (Office cantonal d’orientation scolaire et professionnelle) et Laura Iannelli (Direction générale des ressources humaines). Leur conseil: ne jamais attendre d’y être contraint pour réfléchir à sa carrière. Photo | ARC-SieberÉvoluer sans forcément changer de poste
Une fois ces désirs formulés, la discussion avec le manager ou la fonction RH peut devenir plus concrète. Mais faire ce type de bilan ne signifie pas nécessairement vouloir quitter son emploi. «L’évolution attendue n'est pas forcément liée à un changement de poste, de fonction ou de rôle», insiste Laura Iannelli.
Elle peut prendre bien d’autres formes, comme une modification du cahier des charges ou l'acquisition de nouvelles compétences par le biais d'une formation.
Pour Laura Iannelli, le premier pas consiste à identifier précisément ce que l’on recherche. Un malaise professionnel peut être très réel sans que ses causes soient évidentes, d'autant plus qu'elles peuvent être multiples: «Cela peut tout simplement être le métier ne convient plus, un besoin de davantage de responsabilités ou d'autonomie, ou encore l'envie de donner un nouveau sens à son travail.»
OCOSP : l’orientation tout au long de la vie
Lorsque les questions nécessitent un conseil en orientation, l’OCOSP constitue une autre ressource. Contrairement à une idée encore répandue, l’orientation professionnelle ne concerne pas uniquement les adolescents au moment de choisir leur premier métier. «Les parcours professionnels sont aujourd’hui beaucoup moins linéaires qu'ils ne l'étaient par le passé. Désormais, ils se construisent au fur et à mesure d'une vie,» constate Nathalie Stucki.
Les prestations pour adultes de l’OCOSP s’adressent ainsi à des profils très différents, qu'il s'agisse de jeunes diplômés, de personnes en emploi, d'adultes qui reprennent une activité après une interruption ou encore de personnes venues de l’étranger qui cherchent à s’insérer sur le marché du travail.
«La demande initiale porte souvent sur un souhait de réorientation. Elle mérite d’être examinée de plus près. En réfléchissant ensemble, on se rend parfois compte que quelques petits changements peuvent suffire à faire évoluer la situation» souligne Nathalie Stucki.
La prestation viamia de l'OCOSP, destinée aux 40 ans et plus: un moyen d’analyser son employabilité. Illustration | EDK.chviamia: le check-up professionnel après 40 ans
Depuis 2021, l’OCOSP propose notamment la prestation viamia, destinée aux 40 ans et plus. Nathalie Stucki la présente comme une sorte de check-up professionnel. «Un moyen d’analyser son employabilité en se posant la question: si demain je venais à perdre mon emploi, quelle serait ma capacité à rebondir?» viamia permet de faire le bilan de sa situation professionnelle en mettant en évidence ses forces et en découvrant les possibilités de développement sur le marché du travail. Le bilan permet d’y voir plus clair sur la direction à donner à sa carrière. Au final, les personnes repartent avec des recommandations sur des actions concrètes à mener pour faire évoluer leur situation professionnelle.
Du désir de changement à un projet réaliste
L’accompagnement sert aussi à confronter une envie à la réalité d’un métier. Nathalie Stucki évoque l’exemple d’une personne travaillant dans l’administratif et qui envisageait une réorientation vers un métier de la nature. « En cherchant à effectuer des stages, elle découvre plusieurs contraintes, notamment la difficulté à trouver un employeur potentiel et la nécessité d’une formation avec des implications temporelles et financières. Sans renoncer à son besoin de changement, elle finit par trouver une solution en continuant à utiliser son savoir-faire au sein d’une association active dans le domaine de la nature.»
Les craintes apportées par l’IA
Cette capacité à prendre régulièrement du recul devient d’autant plus importante que les métiers évoluent rapidement. L’intelligence artificielle en est aujourd’hui l’un des exemples les plus visibles. À l’OCOSP, Nathalie Stucki constate que la question revient de plus en plus souvent: «Les personnes nous demandent: mon métier, dans cinq ou dix ans, que va-t-il en rester? » Même sans connaître toutes les évolutions, cela représente une raison supplémentaire pour anticiper. Cela se traduit par des choses très simples : se tenir au courant, continuer à développer ses compétences, entretenir son réseau professionnel… ou simplement conserver son CV à jour. (DA)
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