Ce sont 69 traditions vivantes que le canton a rendu public sur vd.ch/patrimoine-immateriel Illustration | BIC (Fiona Amitrano)
C’était en...

Février 2012: Vaud matérialise son patrimoine immatériel sur le Net

Le Canton de Vaud était le premier en Suisse à consacrer un site en ligne à son patrimoine immatériel. Petit coup de projecteur sur son évolution ces neuf dernières années.

Ce sont 69 traditions vivantes que le canton a rendu public sur vd.ch/patrimoine-immateriel Illustration | BIC (Fiona Amitrano)
3 minutes de lecturePublié le 08 mars 2021

En 2012, le Canton de Vaud faisait œuvre de pionnier. A la demande de l’Office fédéral de la culture, les cantons s’étaient lancés dans un inventaire de leur patrimoine immatériel. Il s’agissait de répertorier, en respectant le cadre défini par l’UNESCO, toutes les traditions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales, les rituels, les événements festifs ou encore les savoir-faire composant l’identité d’un territoire et de sa population.

Ayant répertorié 69 traditions vivantes, les Vaudois furent les premiers à mettre en ligne et rendre ainsi accessible au public le fruit de ce précieux travail. Pour donner un trop rapide aperçu de la diversité de ce patrimoine, on peut citer pêle-mêle: le patois vaudois, les histoires de Ouin-Ouin, le guet de la cathédrale de Lausanne, les brandons, les revues (dont la plus connue est celle de Servion), le chant choral, les milices, les paysannes vaudoises et les jeunesses campagnardes, les guérisseurs, le Messager boiteux, les narcisses, le tavillonnage ou encore le pressage de l’huile.

Un site richement documenté

Le Service des affaires culturelles (SERAC) du Canton de Vaud avait effectué un travail minutieux rendant le site d’autant plus vivant que chaque tradition répertoriée avait fait l’objet d’une fiche de documentation, toujours richement illustrée et enrichie d’informations contextuelles, renvoyant aussi souvent que possible vers des vidéos, des liens, des références bibliographiques.

Ariane Devanthéry, historienne et responsable du patrimoine mobilier et immatériel au SERAC, rappelle que pour être répertoriée, «une tradition doit être vivante, qu’elle soit transmise depuis au moins deux générations, qu’elle remplisse une fonction communautaire et enfin, qu’elle procure un sentiment d’identité́ à qui la pratique.»  Elle rappelle également que cet inventaire n’est pas figé: à la demande de l’UNESCO, il doit être mis à jour tous les six ans.

Depuis 2012, il s’est ainsi étoffé de cinq nouvelles traditions au nombre desquelles figurent les 20 km de Lausanne et la fabrication du fromage d’alpage. «Pour certains puristes, le fait qu’une manifestation soit organisée par les pouvoirs publics est rédhibitoire. Mais en ce qui concerne la course lausannoise, il faut bien admettre qu’elle suscite depuis 1982 un engouement croissant auprès de la population: elle encourage même des personnes moyennement sportives à s’entraîner pour pouvoir y participer! Une véritable adhésion populaire.»

Image fête Mi-étéPhoto | Site officiel de la commune-Gyron
Photo | Daniel Mitchell- athle.ch

Des traditions menacées

D’autres dossiers sont encore à l’étude et aucune tradition n’a été supprimée: «Cela dit, il faut bien reconnaître que certaines sont menacées; je ne sais pas si les histoires de Ouin-Ouin survivront aux 30 prochaines années, tout comme le patois, de moins en moins parlé.» D’autres se modifient au fil des ans, comme les rites de passage que sont les mariages ou les enterrements: «Nous avons assisté en peu de temps seulement à de sérieux changements, en passant des enterrements de corps à l’éparpillement des cendres pour répondre aux vœux du défunt.»

Même en suivant attentivement l’évolution de la société, il reste difficile d’évaluer quelles pourraient être les nouvelles tendances, celles qui échappent à un effet de mode pour s’inscrire dans le temps et devenir une tradition: «Le lien avec la nature va très probablement se développer. Et on peut tout à fait imaginer des pratiques comme la conservation des semences en faire partie.»

Ne pas mettre sous cloche

Quoi qu’il en soit, le Canton n’est pas propriétaire du patrimoine, assure Ariane Devanthéry: «Les traditions ne se perpétuent que quand elles ont du sens pour les gens qui les pratiquent avec enthousiasme, comme le fait de décorer un char à carnaval. Il ne faut pas les maintenir sous cloche comme des objets de musée, sinon elles meurent.» Préserver plutôt que conserver. Dans cet esprit, le Canton encourage les initiatives privées perpétuant les traditions grâce à une enveloppe annuelle de 100’000 francs, destinée à soutenir les projets immatériels et mobiliers. Dernier exemple en date, la première édition de la Coupe du monde de la raisinée (inspirée du Mondial de fondue à Tartegnin) qui devait voir le jour en octobre dernier à Poliez-le-Grand mais qui a dû être reportée, en automne 2021, à l’instar de toutes les manifestations publiques. (DA)

Continuez votre lecture