Une paire de baskets avec la mention: "chaussures athlétiques ou baskets?"
Les courriers de l'administration sont souvent rédigées dans un langage soutenu. Illustration | BIC-AL
Pratique

FALC: un langage pour parler simplement

Rendre les textes administratifs compréhensibles par toutes et tous… Une ambition évidente, mais qui reste un défi. En testant le langage FALC (Facile à lire et à comprendre), certains services explorent une nouvelle manière de communiquer. Au SPOP, la brochure emblématique «Bienvenue dans le canton de Vaud» a été rééditée selon ce principe.

Les courriers de l'administration sont souvent rédigées dans un langage soutenu. Illustration | BIC-AL
5 minutes de lecturePublié le 29 mai 2026

Recevoir un courrier officiel devrait être un acte anodin. Pourtant, pour certains, il reste source de confusion, parfois même d’angoisse. Une phrase trop longue, un terme technique mal compris, une tournure complexe… et le sens échappe. Ce décalage n’est pas marginal. Il touche une large partie de la population, bien au-delà des publics que l’on imagine spontanément concernés.

Pour la cheffe du Bureau cantonal pour l’intégration des étrangers et la prévention du racisme (BCI) Amina Benkais-Benbrahim et Aurélie Abu El Hassan-Jorge, chargée de projet, le constat est frappant:  « Seule une minorité de personnes maîtrise réellement le niveau de langage utilisé par les courriers et les publications de l’administration», souvent rédigées dans un langage soutenu.

Un classeur avec la mention: "Support de classement ou classeur?"L'écriture FALC oblige à repenser entièrement la manière de transmettre un message. Illustration | BIC-AL

Faciliter la lecture et éviter les ambiguïtés

C’est précisément pour répondre à ce décalage que s’inscrit le développement du FALC, acronyme de Facile à lire et à comprendre. Comme le souligne Amina Benkais-Benbrahim, le FALC ne se résume pas à une simplification de la langue : «Il ne s’agit pas seulement de raccourcir les phrases ou d’utiliser des mots plus simples, mais bien de repenser entièrement la manière de transmettre un message. Une idée par phrase, un vocabulaire concret, une logique claire, une mise en page aérée. Tout est pensé pour faciliter la lecture et éviter les ambiguïtés.»

À l’origine, cette approche a été développée pour répondre aux besoins des personnes en situation de handicap, dans le cadre de la Convention de l’ONU sur les droits des personnes handicapées. Mais très vite, son utilité s’est révélée bien plus large. «On pense souvent que c’est réservé aux migrants. Or, une grande partie de la population suisse est concernée, rappelle Amina Benkais-Benbrahim. Qu’il s’agisse de personnes âgées ou peu à l’aise avec l’écrit, de citoyens confrontés à des démarches complexes, le FALC bénéficie en réalité à un public bien plus large.»

Bien plus qu’une simple réécriture

Dans l’administration, cette réflexion a pris une forme concrète avec l’adaptation en FALC de la brochure «Bienvenue dans le canton de Vaud». Ce document, diffusé depuis plus de 20 ans (8800 exemplaires distribués l’an dernier), constitue un point d’entrée essentiel pour les nouveaux arrivants. Il rassemble des informations clés sur la vie quotidienne, les institutions, la santé ou encore les démarches administratives.

Cheville ouvrière de ce projet, Aurélie Abu El Hassan-Jorgeexplique comment s’est opérée cette adaptation. «Le travail s’est avéré bien plus profond qu’une simple réécriture. Au début, nous voulions tout traduire, mais nous nous sommes retrouvés avec un document énorme, presque une encyclopédie. Il a donc fallu faire des choix, hiérarchiser les informations, distinguer l’essentiel de l’accessoire. Certains contenus ont été retirés, notamment ceux qui ne concernent pas directement les primo-arrivants ou qui interviennent plus tard dans le parcours administratif.»

«Simplifier, ce n’est pas appauvrir»

Ce travail de sélection est au cœur du FALC. «Simplifier, ce n’est pas appauvrir, c’est clarifier, défend Amina Benkais-Benbrahim. C’est aussi accepter de renoncer à une exhaustivité qui nuit à la compréhension. Mais cela suppose de soupeser chaque phrase, chaque mot. Dans des domaines techniques ou juridiques, comme les permis de séjour, les allers-retours ont été nombreux afin de garantir que la simplification ne trahisse pas le sens.»

Le résultat est un document plus court, plus lisible, plus direct. Lancée récemment, la brochure a rapidement trouvé son public. «En quelques mois, près de 2000 exemplaires ont été diffusés, principalement, auprès des administrations communales, détaille Aurélie Abu El Hassan-Jorge. Mais, même s’il est encore trop tôt pour tirer un bilan, nous constatons que les retours sont très positifs. Il nous est, notamment, rapporté que dans de nombreux cas, la brochure devient un support d’échange. Les agents communaux ouvrent la brochure avec les personnes et regardent les informations ensemble. Le texte devient alors un outil de médiation, facilitant la communication orale.»

Une souris d'ordinateur avec la mention: "Périphérique de pointage ou souris?"Apprendre à écrire et à parler simplement demande un véritable effort, celui de se défaire de réflexes. Illustration | BIC-AL

Une administration plus proche

Pour Amina Benkais-Benbrahim, le FALC ne se limite pas à l’écrit. «Il implique également un changement de posture. Longtemps, l’administration a considéré que c’était au citoyen de s’adapter, de comprendre, de faire l’effort nécessaire. Aujourd’hui, la perspective évolue. C’est à l’administration de se rapprocher de l’administré. Ce qui se traduit dans les échanges quotidiens, au guichet ou par téléphone, où l’on privilégie désormais l’explication, l’accompagnement, la reformulation.»

Apprendre à écrire et à parler simplement demande toutefois un véritable effort. «On doit déconstruire des réflexes que l’on nous a appris, comme éviter les répétitions ou complexifier les phrases», explique Aurélie Abu El Hassan-Jorge. La simplicité est un exercice exigeant, qui suppose de repenser ses habitudes et sa manière de structurer l’information.»

Veiller aux limites de l’exercice

Le FALC a aussi ses limites. Certains contenus, notamment juridiques, ne peuvent pas être simplifiés sans perdre en précision. Aurélie Abu El Hassan-Jorge:«Dans ces cas, d’autres solutions sont envisagées, comme l’ajout de messages d’accompagnement pour guider la lecture et attirer l’attention sur les points importants. L’enjeu est alors d’éviter l’incompréhension, mais aussi le stress qu’elle peut générer. Car face à un document trop complexe, certains renoncent simplement à le lire.»

Un sablier avec la mention: "Dans un délai raisonnable ou bientôt?"Le langage administratif utilise le passif, des phrases imbriquées et une terminologie propre, qui peuvent empêcher de comprendre l'essentiel. Illustration | BIC-AL

«Le langage administratif est souvent difficilement accessible»

Recevoir un courrier de l’administration peut vite devenir un casse-tête quand il faut décrypter des longues phrases, des termes juridiques et des formulations complexes. À la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS), cette réalité a conduit à une réflexion de fond sur la manière de communiquer.

La DGCS gère des prestations comme les subsides d’assurance maladie ou les bourses d’études qui reposent sur des éléments assez techniques. Face à cette complexité, la direction a commencé à revoir progressivement ses supports de communication. Des courriers de décision et des brochures sur les aides financières ont été entièrement retravaillés. On a simplifié les informations en ligne relatives aux primes d’assurance maladie. La brochure sur les logements adaptés avec accompagnement a également été réécrite dans un langage plus accessible.

Ces démarches ne concernent pas uniquement des publics en difficulté. Selon l’Association lire et écrire, en Suisse, deux personnes sur cinq ont un niveau de littératie qui ne leur permet pas d’être pleinement autonomes. Le langage administratif utilise le passif, des phrases imbriquées et une terminologie propre. «Pour les administrés, il est souvent difficile de comprendre les informations essentielles.»

FALC ou français simplifié?

La DGCS distingue toutefois le FALC du français simplifié, deux approches voisines, mais différentes. Le FALC respecte des règles précises, notamment des phrases très courtes, un vocabulaire simple et une mise en page adaptée. «Dans certains contextes, cette méthode peut montrer ses limites, constate Susanne Flückiger. Nous avons testé des textes entièrement rédigés en FALC, notamment sur les primes d’assurance maladie. Cela devenait parfois très lourd à lire. Cela dit, pour certains publics spécifiques, le FALC reste toutefois indispensable.»

La DGCS privilégie donc souvent un français simplifié, qui repose lui aussi sur des phrases courtes, un vocabulaire concret et une structure directe qui facilitent la compréhension; mais contrairement au FALC, il reste plus souple et conserve une écriture fluide tout en évitant le jargon. Par exemple, au lieu d’écrire «Les personnes concernées sont priées de transmettre les documents requis dans les meilleurs délais», on écrira simplement : «Merci d’envoyer les documents demandés rapidement».

Simplifier sans perdre en précision

Au-delà des documents, la DGCS cherche aussi à transformer les habitudes d’écriture de ses collaborateurs. Depuis trois ans, des formations en langage simplifié sont proposées. «Beaucoup craignent qu’en simplifiant, le texte perde sa précision», souligne Susanne Flückiger. Cette crainte est fréquente dans l’administration, où les mots ont souvent une portée légale. Mais les formations montrent progressivement qu’il est possible de simplifier sans perdre en précision. Dans ces formations, les collaborateurs prennent souvent conscience qu’ils ont eux-mêmes intégré ce langage administratif sans même s’en rendre compte.»

Une communication plus humaine

Les premiers résultats sont encourageants. Susanne Flückiger constate déjà un changement dans les pratiques internes. Mais surtout, cette démarche transforme la relation avec les usagers. Car derrière la simplification du langage se joue une question plus fondamentale: «Un courrier incompris peut entraîner un retard, voire un renoncement à une aide pourtant nécessaire. Recevoir une lettre courte et claire peut simplifier les démarches et, en fin de compte, permettre l’accès à une prestation et améliorer la situation de la personne.» (DA)

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