Steve Cruchon, qui a une quarantaine d'années, est appuyé sur le capot d'une voiture de police. Un autre véhicule, type fourgon, est visible derrière. On est dans un garage souterrain. Au mur, un panneau : "Véhicules à réparer. Pneus à remplacer".
L’adjudant Steve Cruchon, responsable du matériel roulant de la Police cantonale. | Photo: ARC-Sieber
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À la Police cantonale, il faut que ça roule!

Voitures de patrouille, véhicules banalisés, motos ou encore camions: près de 400 véhicules composent la flotte de la Police cantonale. De leur acquisition à leur fin de service, une équipe de quatre personnes veille à leur gestion et à leur disponibilité. Un travail de l’ombre indispensable pour permettre aux véhicules de prendre la route au quotidien.

L’adjudant Steve Cruchon, responsable du matériel roulant de la Police cantonale. | Photo: ARC-Sieber
3 minutes de lecturePublié le 29 oct. 2026

Certains matins, aucun imprévu à signaler. D’autres, jusqu’à cinq véhicules accidentés pendant la nuit attendent d’être pris en charge. Pannes, sinistres ou entretiens viennent alors s’ajouter aux tâches déjà prévues. «On ne sait jamais vraiment ce qui nous attend», lance l’adjudant Steve Cruchon, responsable du matériel roulant de la Police cantonale. Avec son adjoint, le sergent-major Nicolas Perrin, et deux collaborateurs civils, ils forment une équipe de quatre personnes chargée de gérer les quelque 400 véhicules de la flotte, de leur acquisition jusqu’à leur fin de service. Une gestion qui passe notamment par la coordination des entretiens et des réparations, réalisés par des concessionnaires ou dans les centres d’entretien des véhicules de l’État. Et le parc à gérer est particulièrement varié. Voitures de patrouille, véhicules banalisés, motos, ou encore remorques: «On va du vélo électrique au camion», sourit Nicolas Perrin. Le camion lance-eau utilisé lors de certaines opérations de maintien de l’ordre est d’ailleurs l’un des plus complexes à gérer, en raison des nombreuses technologies qu’il embarque. «Un véhicule de patrouille, pour qu’il roule, il y a du job derrière», résume Steve Cruchon.

Un mécanicien règle le feu bleu sur le toit d'une voiture. La lumière se reflète sur son visage et ses lunettes.Eric Reymond, mécanicien sur voiture, vérifie le fonctionnement d'un feu bleu. Dans un véhicule de police, ce n'est pas la puissance du moteur, mais les équipements qui font la différence: feux bleus, justement, radio ou aménagement du coffre. | Photo ARC-Sieber

Une voiture de police, ça se prépare

Avant de pouvoir prendre la route, une voiture de police doit d’abord répondre à des besoins bien précis. Plutôt que de choisir simplement un modèle, l’équipe établit un cahier des charges définissant les caractéristiques attendues: puissance, transmission, espace disponible ou encore capacité à accueillir les équipements nécessaires. Les exigences varient selon l’utilisation prévue et même la géographie: les besoins ne sont pas identiques aux Diablerets et au centre de Lausanne. Une fois le modèle sélectionné, reste encore à le transformer. Car à l’origine, une voiture de police reste une voiture de série. «Il y a souvent la légende qu’on augmente la puissance, mais on reste dans du standard, ça va déjà bien assez vite», relève Steve Cruchon. Ce sont surtout les équipements qui font la différence: feux bleus et autres moyens prioritaires, radio Polycom ou encore aménagement du coffre. Une transformation qui se complexifie à mesure que les véhicules embarquent davantage d’électronique. Certaines aides à la conduite, pensées pour un usage ordinaire, peuvent par exemple poser problème lors d’une conduite en urgence et nécessiter des adaptations. Une fois équipé, le véhicule peut rejoindre son unité et commencer sa vie opérationnelle. Une vie qui, pour certains, sera particulièrement intense.

Des kilomètres qui défilent

En 2025, les 367 véhicules à moteur de la Police cantonale ont parcouru en moyenne 24’254 kilomètres par jour. Les véhicules d’intervention de la gendarmerie mobile, notamment, peuvent parcourir entre 65’000 et 80’000 kilomètres par année. Affectés à l’un des quatre centres de gendarmerie mobile du canton, à Lausanne, Bursins, Rennaz ou Yverdon, ils circulent parfois presque en continu. Cette utilisation soutenue n’est pas sans conséquences sur leur entretien. Les pneus et les freins doivent notamment être remplacés plus fréquemment que sur une voiture privée. Mais pour Steve Cruchon, l’une des principales difficultés se trouve ailleurs: dans la multiplicité des conducteurs. «Votre voiture, vous la connaissez», explique-t-il. Un bruit inhabituel ou un comportement différent se remarque ainsi rapidement. Dans un véhicule de police, les conducteurs se succèdent au fil des services. La personne qui remarque une anomalie n’est donc pas forcément celle qui remettra ensuite le véhicule à l’atelier, ce qui complique parfois la transmission de l’information.

Un mécanicien face à une voiture sur le lift, capot ouvert. Il regarde vers le moteur.La police enregistre 200 sinistres chaque année sur ses véhicules, qui peuvent être complexes, comme quand une voiture est endommagée lors d’une intervention. | Photo ARC-Sieber

Quand les imprévus s’en mêlent

À l’entretien courant viennent s’ajouter environ 200 sinistres chaque année. Certains sont relativement simples, comme lorsqu’un véhicule heurte un muret. D’autres peuvent se révéler beaucoup plus complexes, notamment lorsqu’une voiture est endommagée lors d’une intervention. Il faut alors organiser sa prise en charge et ses réparations, avec une difficulté supplémentaire: pendant son immobilisation, le véhicule manque à l’unité qui l’utilise. Et lorsqu’un véhicule est trop endommagé ou arrive simplement au terme de sa carrière, il ne suffit pas de se rendre chez un concessionnaire pour repartir avec son remplaçant. En principe, les véhicules de l’État ne peuvent pas être remplacés avant d’avoir atteint dix ans ou 150’000 kilomètres. Les véhicules d’intervention font toutefois exception: leur kilométrage élevé conduit généralement à les renouveler après environ trois ans. Ce remplacement se prépare longtemps à l’avance. Planification, validation, procédure d’achat, fabrication puis transformation: près de deux ans peuvent parfois s’écouler avant que le nouveau véhicule soit prêt. Une anticipation d’autant plus délicate que l’ancien véhicule, lui, continue de circuler. «Chaque mois de perdu, les kilomètres augmentent», relève Nicolas Perrin. Et lorsque les délais s’allongent alors que le compteur continue de tourner? «Des fois, on transpire», reconnaît Steve Cruchon en souriant.

Une seconde vie après la police

Une fois leur carrière policière terminée, la plupart des véhicules sont repris par les concessionnaires après avoir été «recivilisés»: leurs équipements spécifiques et signes distinctifs sont retirés avant une éventuelle revente. Certains connaissent même une deuxième vie au sein de l’administration cantonale. Un véhicule qui n’est plus adapté aux exigences des interventions prioritaires peut encore parfaitement répondre aux besoins d’un autre service qui ne parcourt que quelques milliers de kilomètres par année. Une manière de prolonger l’utilisation des véhicules qui sont encore en bon état avant leur sortie définitive de la flotte de l’État.

Une flotte qui évolue

Depuis 2022, les véhicules électriques ont progressivement fait leur apparition dans la flotte. Une vingtaine sont aujourd’hui en service, pour des missions ne nécessitant pas d’interventions urgentes. Le principal défi ne vient d’ailleurs pas nécessairement des véhicules eux-mêmes, mais des infrastructures nécessaires pour les recharger. Tous les bâtiments utilisés par la Police cantonale ne permettent pas encore d’installer facilement des bornes, notamment lorsque l’État n’en est pas propriétaire. Une nouvelle étape pourrait toutefois prochainement être franchie: la Police cantonale envisage de tester un véhicule électrique pour l’intervention dans l’est du canton.

Dans l'atelier, les trois personnes discutent au chevet d'une voiture de police en réparation, capot ouvert. Pannes, véhicules à remplacer, équipements à adapter: Steve Cruchon et le mécanicien Eric Reymond font le point en compagnie de David Frei, chef d’atelier du Centre d'entretien des véhicules. | Photo ARC-Sieber

Derrière chaque véhicule, une équipe

Pour Steve Cruchon et Nicolas Perrin, la gestion de la flotte représente bien davantage qu’une succession de tâches administratives et techniques. Tous deux anciens gendarmes de terrain, ils connaissent bien les attentes de celles et ceux à qui ils fournissent aujourd’hui les véhicules. Avant de les gérer, ils étaient eux-mêmes de l’autre côté: celui des utilisateurs. Mais ce sont aussi les problèmes à résoudre au quotidien qui font, selon eux, l’intérêt de leur métier. Une panne, un véhicule à remplacer, un équipement à adapter: les situations changent et les solutions ne sont pas toujours écrites à l’avance. Dans cette petite équipe, les compétences et les expériences de chacun sont alors mises à contribution pour régler au plus vite les problèmes. «Il faut que ça roule», résume Nicolas Perrin. Une autonomie et une recherche de solutions auxquelles s’ajoute la satisfaction de voir le résultat de son travail directement sur le terrain: «On fait un cahier des charges, on prend le véhicule, on le transforme; quand on le voit passer sur le terrain, c’est gratifiant», poursuit-il. Des véhicules que les quatre membres du matériel roulant finissent donc par bien connaître. Avant de prendre la route, chaque véhicule est ainsi passé, d’une manière ou d’une autre, entre leurs mains. Et demain matin, il faudra à nouveau faire en sorte que ça roule. (CG)

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