Franck Dessoly sourit à l'objectif
Franck Dessoly, chargé de mission Intelligence artificielle à la Direction générale du numérique et des systèmes d’information (DGNSI). | Photo : ARC-Sieber
Numérique

Comment l’IA entre progressivement dans l’administration

L’État de Vaud prépare son propre assistant conversationnel. Baptisé ViA, l’outil devra permettre aux collaborateurs et collaboratrices de l’administration de bénéficier des possibilités offertes par l’intelligence artificielle générative, tout en garantissant la sécurité des données et une plus grande maîtrise technologique.

Franck Dessoly, chargé de mission Intelligence artificielle à la Direction générale du numérique et des systèmes d’information (DGNSI). | Photo : ARC-Sieber
5 minutes de lecturePublié le 29 oct. 2026

Depuis la sortie de ChatGPT fin2022, l’intelligence artificielle (IA) s’est imposée dans la vie quotidienne et dans le monde professionnel avec une rapidité foudroyante. Aucun pan de la société n’y échappe. Même au sein de l’État, de nombreuses personnes utilisent déjà ces outils grand public. Mais leurs possibilités d’utilisation restent limitées par les exigences liées à la confidentialité des données et au respect du secret de fonction. Pour répondre à ce nouveau défi et permettre une utilisation plus large de l’IA dans un cadre sécurisé, l’État de Vaud a décidé de mettre en place son propre assistant conversationnel, baptisé ViA. Comme le résume Franck Dessoly, chargé de mission Intelligence artificielle à la Direction générale du numérique et des systèmes d’information (DGNSI), «un groupe interdépartemental, mené par la déléguée au numérique Catherine Pugin, a anticipé dès 2023 les enjeux que l’IA allait poser à l’administration.» Les spécialistes ont dès lors «observé et expérimenté différents usages propres aux besoins de l’État. Aujourd’hui, un premier résultat concret est là : ViA est en phase de test ».

Valérie Dittli parle lors de la conférence de pressePrésentation de la nouvelle Stratégie de l'Administration numérique vaudoise 2026–2030 par la conseillère d’État Valérie Dittli, le chancelier Michel Staffoni et le chef de l'ONA, Sébastien Dufaut. | Photo : ARC-Sieber

Un ChatGPT vaudois? Pas exactement

À première vue, ViA ressemblera beaucoup aux outils que chacun connaît déjà : «Il proposera une interface conversationnelle dans laquelle l’utilisateur pourra poser des questions, donner des consignes ou déposer des documents avec lesquels travailler. Son accès sera réservé aux collaboratrices et collaborateurs disposant d’un compte IAM, selon des modalités de financement encore à définir.»

Dans un premier temps, les possibilités offertes seront relativement standards, comme résumer ou synthétiser un document, expliquer un contenu, rédiger, traduire, proposer un plan ou structurer un texte. « ViA permettra de travailler essentiellement sur du texte et des documents », précise Franck Dessoly.

Autant de tâches que les IA grand public accomplissent avec des modèles généralistes souvent plus puissants. ViA s’appuie pour sa part sur un modèle plus réduit que ceux utilisés par les grands acteurs du marché.

Ne serait-il pas plus efficace alors d’adopter l’un de ces systèmes ? «ViA sera moins puissant sur certains aspects, mais c’est aussi un choix. Nous n’avons pas besoin de mobiliser les modèles les plus puissants pour les usages courants de l’administration. C’est une question de coût, mais aussi de consommation de ressources et de sobriété numérique», répond Franck Dessoly. «Sa vraie valeur, au-delà de la confidentialité des données, viendra progressivement des bases documentaires métier propres à l’administration qui l’alimenteront et auxquelles les IA publiques n’ont pas accès. La différence se trouve donc moins dans la puissance que dans la pertinence.»

Sur mesure, sécurisé et souverain

Trois mots définissent ViA : «Sur mesure, sécurisé et souverain ». Sur mesure, car il s’appuie sur les connaissances propres à l’administration et répond à ses besoins spécifiques. Au chapitre de la sécurisation, «il s’agit de prévenir les fuites de données vers l’extérieur de l’administration et de garantir leur confidentialité entre les services», expose M. Dessoly. «Ce qu’une personne confie à ViA ne doit pas être accessible à d’autres. Ces garanties sont essentielles pour instaurer la confiance des utilisateurs dans une administration qui traite des informations souvent sensibles.»

Aux yeux de l’État de Vaud, ViA devra également être souverain. «L’outil répond au besoin concret de pouvoir utiliser l’IA avec des informations internes qui ne peuvent pas sortir de l’administration. Pour garder la maîtrise de l’environnement dans lequel ces données sont traitées, ViA s’appuie sur des technologies existantes, développées par des partenaires locaux, dans un cadre contractuel suisse et avec un hébergement en Suisse. Nos équipes participent très activement à l’évolution et à l’intégration de ViA. Nous réfléchissons également à la possibilité qu’à terme, les informations les plus sensibles puissent être traitées uniquement sur les infrastructures de la DGNSI. Cette approche n’exclut toutefois pas le recours à des IA publiques lorsque le niveau de sensibilité le permet et que cela présente un intérêt. Enfin, la souveraineté implique aussi de garder la main sur les coûts et de pouvoir faire évoluer nos choix technologiques en fonction de nos besoins. »

Quand l’IA connaîtra le métier

Concrètement, quelle plus-value ViA devrait-il apporter au travail quotidien? Dans un premier temps, l’assistant doit surtout permettre à chacun de gagner du temps sur des tâches courantes. La véritable évolution viendra dans un second temps, lorsque ViA aura intégré davantage de connaissances métiers de l’administration. ViA ne se contentera plus d’aider à rédiger. Il pourra également rechercher des informations dans les bases auxquelles le collaborateur a accès et en extraire les éléments pertinents. Il pourra ainsi proposer une première structure ou des références utiles. Certaines unités ont commencé à intégrer leurs propres bases documentaires. Chacune restera responsable de ce qu’elle souhaite partager et avec qui. Ce travail impose toutefois une condition préalable: « Des informations bien archivées, documentées, classifiées et validées sont essentielles. Autrement dit, la qualité des réponses d’une IA dépendra de la qualité des informations dont disposent les services.»

À plus long terme, l’IA pourrait franchir une troisième étape et contribuer plus directement à améliorer l’efficience de l’État. Elle ne serait plus uniquement un outil avec lequel l’utilisateur interagit en lui posant une question, mais pourrait intervenir directement dans des processus métiers en complément de ce que font déjà les systèmes informatiques existants, par exemple pour classer ou automatiser certaines opérations.

des personnes sont assises autour d'une tableEnviron 160 personnes participent actuellement aux essais de ce nouvel outil. | Photo : tunsale

Quelque 160 testeurs

Pour l’heure, ViA n’en est encore qu’au stade pilote. Environ 160 personnes participent actuellement aux essais, au sein de plusieurs entités de l’administration, notamment la DGNSI, l’Office de la transformation numérique de l’administration (ONA), le Bureau d’information et de communication (BIC), plusieurs secrétariats généraux, la Chancellerie d’État et la Direction générale des ressources humaines (DGRH).

Dès que les principaux indicateurs seront au vert et que quelques bases de connaissances utiles seront disponibles, l’étape suivante devrait consister à élargir progressivement ce cercle. Le «planning intentionnel», pour reprendre l’expression prudente utilisée par l’équipe du projet, prévoit début 2027 un panel transversal d’environ 600 personnes, à raison de quelques utilisateurs dans chaque service. « ViA va évoluer progressivement. L’objectif ne sera pas seulement de tester l’outil lui-même, mais tout ce qui doit l’accompagner, comme la formation et l’assistance aux utilisateurs. C’est aussi un projet d’entreprise qui doit se construire avec les collaborateurs pour que ViA réponde réellement à leurs besoins et contribue à améliorer leur confort de travail», résume le spécialiste. (DA)

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