Une femme se fait tatouer sur un fauteuil de tatouage
Lorianne Goy a l'habitude de tatouer sa sœur Céline, qui travaille elle aussi à l'État. | Photo ARC-Sieber
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Lorianne Goy, l’art dans la peau

Responsable des procédures de qualification à la Direction générale de l’enseignement postobligatoire, Lorianne Goy partage son temps entre l’administration cantonale et son salon de tatouage à La Tour-de-Peilz. Deux activités bien différentes, auxquelles elle accorde pourtant la même importance et qu’elle mène avec une exigence commune: celle du travail bien fait.

Lorianne Goy a l'habitude de tatouer sa sœur Céline, qui travaille elle aussi à l'État. | Photo ARC-Sieber
4 minutes de lecturePublié le 29 oct. 2026

À La Tour-de-Peilz, les abeilles sont reines. Sur les coussins, dans la décoration et jusque sur certains dessins exposés, l’insecte butineur est partout dans le salon de tatouage de Lorianne Goy. Il est même devenu, au fil des années, une sorte de marque de fabrique. Pourtant, ce n’est pas dans ce salon que la tatoueuse a commencé sa semaine. Quelques jours plus tôt, elle se trouvait à Lausanne, dans les bureaux de la Direction générale de l’enseignement postobligatoire (DGEP), où elle occupe le poste de responsable des procédures de qualification. Une activité bien éloignée des aiguilles et des flacons d’encre qui l’entourent aujourd’hui. Ces deux univers, elle avait pourtant déjà imaginé les faire coexister bien avant d’en faire son quotidien.

Portrait de Lorianne Goy. Elle porte des lunettes et un petit piercing dans le nez.L'univers du tatouage fascine Lorianne Goy depuis qu'elle est petite, son rêve était de pouvoir être derrière l'aiguille. | Photo ARC-Sieber

Une fascination qui remonte à l’enfance

«Je crois que j’ai toujours aimé. Depuis petite, je me souviens que ça me fascinait.» Pour Lorianne Goy, aujourd’hui âgée de 30 ans, l’intérêt pour le tatouage ne date pas d’hier. Lorsqu’elle voit sa sœur commencer à se faire tatouer, cette fascination se confirme. À 18 ans, elle franchit elle-même le pas et choisit, pour son premier tatouage, la date de naissance de ses grands-parents. Mais cette première expérience lui donne surtout envie de découvrir l’autre côté de l’aiguille. «J’avais vraiment envie de pouvoir être derrière la machine, de pouvoir tatouer», se souvient-elle. À l’époque, elle envisage déjà de faire coexister deux activités professionnelles. Son projet initial est de devenir enseignante, puis de se former au tatouage.

Après l’échec de ses études d’enseignement, elle entreprend finalement un apprentissage d’employée de commerce, tout en suivant une formation de tatoueuse dans une école à Sion. Là, Lorianne Goy suit des cours le samedi. Elle apprend la théorie tout en s’entraînant sur des peaux artificielles. Après avoir réussi son examen, elle peut enfin tatouer sur une peau humaine. Et pour son premier tatouage, elle choisit d’ailleurs de servir elle-même de modèle, une manière d’assumer personnellement les conséquences d’une éventuelle erreur: «Si je me loupe, c’est sur moi aussi.» Elle débute sa carrière de tatoueuse à Sion, avant d’ouvrir son premier salon à Vevey, où elle restera deux ans avant de déménager. Originaire de La Tour-de-Peilz, c’est en effet ici qu’elle souhaitait depuis longtemps installer son activité. Lorsqu’un local se libère, elle saisit l’occasion et ouvre le salon dans lequel elle accueille aujourd’hui sa clientèle.

«Des photos avec mes yeux»

Fleurs, mandalas, écritures ou encore abeilles: les créations de Lorianne Goy s’inscrivent dans un univers artistique bien particulier. Elle pratique notamment le fine line, caractérisé par des traits fins, ainsi que le dotwork, une technique qui consiste à réaliser des motifs à partir de petits points. Le tout exclusivement à l’encre noire. Mais où trouve-t-elle ses inspirations? Dans la nature, sur Internet ou parfois simplement au détour d’un objet du quotidien. «J’aime bien dire que je prends des photos avec mes yeux, explique-t-elle. Après, je les mets dans un petit coin de ma tête et je les redessine.» En tant qu’artiste, Lorianne Goy est très attachée à la création personnelle. Elle dessine elle-même ses flashs, une sélection de petits motifs rassemblés dans un catalogue. Elle fait aussi appel à sa créativité pour s’inspirer des idées apportées par ses clients, lorsqu’ils ont des demandes plus particulières.

La tatoueuse montre un dessin représentant un papillion qu'elle s'apprête à tatouerFleurs, mandalas, écritures ou encore abeilles: les créations de Lorianne Goy s’inscrivent dans un univers artistique bien particulier. | Photo ARC-Sieber

Du dessin au tatouage

Derrière chaque tatouage se cache également un important travail de préparation. Lorsqu’une personne lui soumet un projet, plusieurs éléments doivent être pris en compte: la taille, l’emplacement, les détails du dessin, mais aussi son évolution dans le temps. Les traits ayant tendance à s’épaissir légèrement au fil des années, un motif doit être pensé pour conserver son apparence le plus longtemps possible. Et une fois l’aiguille en main, la précision reste essentielle. Certaines formes sont d’ailleurs plus difficiles à réaliser que d’autres. «Les lignes droites, j’adore les faire, mais les ronds, c’est le pire», confie-t-elle. La peau n’étant pas une surface plane, les variations de profondeur de l’aiguille peuvent modifier l’épaisseur du trait. Un cercle parfait devient donc particulièrement difficile à réaliser. La réalisation d’un tatouage demande ainsi une concentration constante. Pendant qu’elle travaille, Lorianne Goy explique ne penser à presque rien d’autre qu’à la précision de ses gestes. Son plus long projet à ce jour, un avant-bras mêlant fleurs et mandala, lui a demandé près de cinq heures de travail. Mais la satisfaction de découvrir le résultat final vaut tous les efforts pour la tatoueuse: «Des fois, j’ai de la peine à réaliser que c’est moi qui l’ai fait. Je me dis: “Ah, waouh! Quand même, ça en jette.”»

Un moment intime partagé

Mais le tatouage ne se résume pas à un dessin ou à une prouesse technique. Derrière certains motifs se cachent des histoires personnelles, parfois chargées d’émotion. Au fil des séances, qui peuvent durer plusieurs heures, les discussions s’engagent et les personnes tatouées se confient parfois sur les événements qui les ont conduites à choisir un motif particulier. «C’est un moment intime que l’on partage», explique Lorianne Goy. En voyant le tatouage sur leur peau, des clientes ont même les larmes aux yeux. Pour certaines personnes, le tatouage peut permettre de conserver le souvenir d’un événement ou de donner une forme concrète à une expérience personnelle. «Parfois, je pense que ça peut être une thérapie», poursuit-elle. Cette dimension humaine fait partie intégrante de ce qu’elle apprécie dans son activité. Au-delà du plaisir de dessiner et de tatouer, elle trouve une satisfaction particulière à voir ses créations prendre place sur la peau des personnes qui lui font confiance: «Ça me rend fière de me dire qu’il y a des gens qui portent mon art sur eux. Ça le fait vivre aussi.»

Lorianne Goy tatoue un motif sur une jambePour Lorianne Goy, tatouer un client est bien plus qu'une transaction: «C’est un moment intime que l’on partage.» | Photo ARC-Sieber

Deux métiers, «le même cœur»

Si la fin de sa semaine est consacrée au tatouage, Lorianne Goy passe les premiers jours à Lausanne, à la DGEP, où elle travaille à 70%. Responsable des procédures de qualification, elle participe à l’organisation des examens menant au certificat fédéral de capacité (CFC). Elle travaille alternativement trois ou quatre jours à l’État, avant de rejoindre son salon de tatouage pour le reste de la semaine. Deux univers qui semblent, à première vue, n’avoir que peu de points communs. Pourtant, ses collègues connaissent bien son activité de tatoueuse. Certains sont même passés sous son aiguille.

Lorianne Goy retrouve un point commun essentiel entre ses deux métiers, malgré leurs différences: la rigueur et la volonté de fournir un travail de qualité. Elle ne considère pas son poste à l’État comme une simple activité alimentaire: «Je mets le même cœur quand je tatoue que quand je travaille à la DGEP.» Son «côté étatique», comme elle le décrit avec humour, n’est d’ailleurs jamais très loin. Elle raconte notamment avoir refusé de tatouer une rose sur la main d’une jeune femme tout juste majeure, estimant qu’un tatouage aussi visible pouvait lui fermer certaines portes professionnelles. «Il faut que les tatouages soient réfléchis, explique-t-elle. Une fois qu’un tatouage est fait, il est fait.» Pourrait-elle alors un jour ne se consacrer qu’au tatouage? «Mon cœur dit oui. Ma réalité, elle, dit non.» Pour la tatoueuse, la sécurité d’un emploi fixe est trop importante face aux incertitudes économiques qui peuvent toucher une activité indépendante.

Le corps comme toile

Sur sa propre peau, Lorianne Goy ne compte plus vraiment ses tatouages. Une cinquantaine, peut-être davantage. Si elle a longtemps confié ses projets à d’autres tatoueurs, elle réalise aujourd’hui elle-même une grande partie de ses petites pièces. Pour elle, le tatouage constitue avant tout une manière personnelle de s’approprier son corps: «Le corps, c’est une toile. Il est à nous de la remplir ou non.» Souvenir d’un événement, manière d’embellir une partie de son corps ou simple envie esthétique: chacun reste libre de décider ce qu’il souhaite inscrire sur cette toile. Une conception qui rappelle son tout premier tatouage, réalisé à 18 ans en hommage à ses grands-parents. Depuis, les motifs se sont multipliés sur sa peau, tout comme les créations qu’elle réalise pour les autres. Et après toutes ces années, sa fascination pour cet art n’a pas diminué. Au contraire: «Je crois que j’aime encore plus maintenant que je le pratique.» (CG)

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