vue de la salle de gym, son sol avec les marques pour le basket ou le hand-ball, son haut plafond et ses murs en béton.
L’intérieur de la salle de gymnastique du Gymnase de la Cité: les codes architecturaux du début des années 1990, avec des géométries affirmées ou des traces de coffrage sur les murs en béton. Photo | ARC-Sieber
Patrimoine-Trésors cachés

Sous la Cité, une salle de gym troglodyte

Au début des années 1990, époque de sa construction, la salle de gym du Gymnase de la Cité à Lausanne a quelque peu défrayé la chronique. Retour sur une construction singulière, presque invisible, qui conjugue architecture scolaire et génie civil, et dont la rénovation est aujourd’hui en préparation.

L’intérieur de la salle de gymnastique du Gymnase de la Cité: les codes architecturaux du début des années 1990, avec des géométries affirmées ou des traces de coffrage sur les murs en béton. Photo | ARC-Sieber
2 minutes de lecturePublié le 29 oct. 2026

Au numéro 22 de la rue de la Mercerie, au pied de l’un des bâtiments du gymnase de la Cité – l’ancien hôpital néoclassique avec son imposante façade en molasse baptisé La Mercerie –, difficile de deviner ce qui se cache derrière la longue grille et son portail fermé. Entre les barreaux, le regard s’échappe au loin, sur le verso des immeubles de la rue de Bourg.

Pourtant, quelques mètres plus bas, dans l’épaisseur même de la colline de la Cité, se trouve une salle de gymnastique «qui relève autant de l’architecture que de l’ouvrage d’art», explique Rémy Wild, architecte du bureau FWD Architectes, chargé du projet de la rénovation de l’ensemble des bâtiments du Gymnase de la Cité, propriété du Canton. «L’objectif, à l’horizon 2031-2032, est de mettre les bâtiments aux normes sur les plans énergétique et technique, tout en préservant autant que possible leurs qualités architecturales.»

Au premier plan le préau, sol en bitume, petit arbre planté, au fond le bastingage et derrière, la rangée d'immeubles de la rue de Bourg, vus de dos, côté vallée du Flon.Haut de la rue de la Mercerie: l'esplanade en gradins, sur le toit de la salle, permet aux élèves de s’installer pour leur pause face au paysage urbain. Photo | ARC-Sieber

Un trésor de discrétion

À la fin des années 1980, la parcelle entre le bâtiment de La Mercerie et l’ancienne église, transformée en salles de classe, est la seule disponible pour imaginer un programme d’équipement sportif digne de ce nom et que l’école appelle de ses vœux depuis bientôt 30 ans… Le hic? Dans un environnement historique classé, pas question de remplir cet interstice par une construction qui viendrait perturber la vue depuis et vers la cathédrale. La réponse urbanistique des architectes Musy et Vallotton – à qui l’on doit le Tribunal cantonal vaudois à Lausanne, bâti en 1986 – est ingénieuse, jouant de références vernaculaires autant que de l’air du temps. Ils optent pour un bâtiment en béton inscrit en négatif dans le tissu urbain, inspiré très directement de l’architecture troglodytique, et surmonté d’une terrasse en gradins orientée vers la rue Mercerie qui préserve l’échappée visuelle cathédrale-vieille ville. «Cette espèce d’esplanade urbaine sécurisée, avec un bastingage côté sud, devait permettre aux élèves de s’installer face au paysage urbain. Elle est malheureusement aujourd’hui peu utilisée et l’un des enjeux de la rénovation consistera précisément à lui redonner de la qualité», précise Rémy Wild.

 

Un chantier dans l’Histoire locale

Construire ici signifiait aussi creuser dans l’un des secteurs les plus anciens de Lausanne.En 1990, les fouilles ont ainsi révélé de nombreuses couches archéologiques. Les restes les plus impressionnants ont été ceux d’une série de constructions appartenant à l’ancien quartier médiéval de la Cité qui était traversé par la Calice, l’égout principal qui récoltait les eaux. Si ces vestiges de l’histoire lausannoise ont été détruits lors de la construction de la salle, inaugurée le 2 octobre 1992, ils ont été dûment documentés et analysés et de nombreux objets ont été collectés. La molasse extraite lors du chantier a même trouvé une seconde vie.«Des blocs ont notamment été utilisés pour réparer la cathédrale! Le gymnase s’inscrit ainsi physiquement dans l’histoire de la Cité, jusque dans la matière qui compose le sous-sol sur lequel il repose», résume Rémy Wild.

La façade est légèrement oblique, percée de trous carrés réguliers et rythmée par quelques colonnes de béton. Tout à droite de l'image, la clôture et la façade du Gymnase, ancien "Collège scientifique".Intégrée dans la colline de molasse, la façade en partie vitrée, animée de claustras en béton qui préservent l’intimité des voisins. Photo | ARC-Sieber

Une salle creusée dans la pente

Pour saisir la substance de cette salle de gym, il faut opérer une lecture en coupe. Depuis l’esplanade, un escalier extérieur central descend vers la cour au sud: à l’intérieur, une seconde volée lui fait écho pour rejoindre les vestiaires, puis une troisième qui conduit au deuxième sous-sol, jusqu’à la salle de gymnastique elle-même.Intégré dans la colline de molasse, le bâtiment épouse la topographie plutôt que de s’imposer à elle, il accompagne la falaise de la Cité et contribue même à sa stabilité. Un important mur de soutènement, des ancrages et de grandes lames de béton participent à maintenir le terrain.«Avant même d’être une salle de gym, c’est presque un ouvrage de génie civil !», traduit l’architecte.

La nostalgie des nineties

À l’intérieur, la structure reste lisible: poutres, poteaux et dispositifs techniques ne sont pas dissimulés, mais participent à l’expression du bâtiment. Les luminaires sont simples, les matériaux bruts.«On a presque l’impression de venir squatter une ruine», sourit Rémy Wild.On retrouve à l’intérieur certains codes du

début des années 1990: géométries affirmées, jeux de symétries, pavés de verre, jeux sur les matériaux comme de fausses têtes de vis géantes destinées à masquer les ancrages, ou encore les traces de coffrage sur les murs en béton. Mais sans effet spectaculaire.«Ce soin discret se retrouve dans les vestiaires, avec des sols clairs et des ambiances différenciées pour les filles et les garçons: des espaces qui jouent sur les formes triangulaires ou arrondies pour l’intégration des douches.»

La lumière comme matière

Dans une salle de gymnastique, la lumière doit être abondante sans devenir gênante. Ici, cet aspect a été particulièrement étudié. Au niveau de la cour, quatre lanterneaux en pavés de verre – remplacés il y a quelques années par de simples puits de lumière au sol – garantissent ainsi une lumière naturelle indirecte dans les vestiaires et la salle. Au niveau de la salle de gym encore, côté sud, une façade en partie vitrée est animée de claustras en béton ménageant des fentes de lumière, qui préservent l’intimité des voisins et évitent les reflets directs.«Tout est réfléchi dans cette salle, mais discrètement.»

Rénover sans effacer

Le projet à venir prévoit d’intervenir le moins possible là où le bâtiment de Musy et Vallotton fonctionne encore très bien. À l’intérieur, l’essentiel de l’architecture devrait être conservé moyennant quelques adaptations d’époque, par exemple dans les sanitaires. «Les douches collectives ouvertes ne correspondent plus aux usages actuels et certaines devront sans doute être transformées», explique l’architecte. Quoi qu’il en soit, le bâtiment a selon lui remarquablement bien vieilli et, près de 40 ans après sa construction, l’essentiel de ses qualités d’origine demeure intact.À l’extérieur, l’ambition est moins de modifier le bâtiment que de prolonger l’intention des architectes d’origine en valorisant mieux les espaces aujourd’hui sous-utilisés. Une manière de faire évoluer le lieu sans lui retirer ce qui constitue précisément sa force: sa capacité à remplir plusieurs fonctions, à toutes les échelles, sans jamais chercher à se faire remarquer. (EB)

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