Bernard Fibicher, directeur du MCBA
« Des dizaines de photos sont publiées chaque jour sur les réseaux sociaux, montrant soit des œuvres exposées, soit l’architecture du lieu. Tout est photographié. » Bernard Fibicher, directeur du MCBA. Photo | BIC (FA)
Culture

Musée cantonal des Beaux-Arts : test réussi haut la main

Ouvert officiellement en octobre 2019 avec un hommage à ses donateurs, le MCBA continue d’attirer les foules grâce à son exposition consacrée aux artistes viennois. Bilan des premiers mois avec Bernard Fibicher, directeur du Musée cantonal des Beaux-Arts.

« Des dizaines de photos sont publiées chaque jour sur les réseaux sociaux, montrant soit des œuvres exposées, soit l’architecture du lieu. Tout est photographié. » Bernard Fibicher, directeur du MCBA. Photo | BIC (FA)
4 minutes de lecturePublié le 26 Jun 2020

Le bâtiment impressionne, et les mauvaises langues se font apparemment discrètes. Avec À fleur de peau. Vienne 1900, de Klimt à Schiele et Kokoschka, le Musée cantonal des Beaux-Arts est au centre de toutes les attentions. Mais pas seulement. Car, à en croire les chiffres, le MCBA a réussi son entrée en matière avec brio pour sa première exposition, Atlas, qui mettait en exergue, d’octobre 2019 à mi-janvier, les dons reçus par le musée.

 

Bernard Fibicher, quel est votre résumé des premiers mois vécus par le nouveau Musée cantonal des Beaux-Arts?

Le bilan est très positif. Nous comptabilisons 800 visiteurs en moyenne par jour dans le cadre de l’exposition Vienne 1900. Un chiffre similaire à Atlas, l’exposition inaugurale. C’est remarquable. Il n’y a pas de recul en termes de visites, alors que nous inaugurons notre première exposition temporaire payante. Nous nous réjouissons aussi des retombées presse. Grâce à une excellente couverture médiatique, nous accueillons de nombreux visiteurs de Berne, Zurich, Saint-Gall, Fribourg, etc. Et le bilan du personnel du musée est aussi important. Nous disposons d’un instrument de travail performant, fonctionnel et magnifique pour les accrochages des collections et des expositions. Nous avons beaucoup d’espace pour les œuvres, une très belle lumière, une circulation des visiteurs fantastique, un bâtiment qui plaît aux gens, venant parfois de loin. Nous sommes dans le top 10 des plus beaux bâtiments construits en 2019 selon «Architectural Record», une revue américaine réputée. Nous sommes comblés. De façon globale, le bilan est vraiment très positif.

 

Avez-vous eu des retours de la part du public, ne serait-ce que sur le bâtiment?

Des gens m’abordent chaque fois que je parcoure les salles pour nous féliciter, autant sur l’exposition que le bâtiment. Nous constatons aussi via les réseaux sociaux que des dizaines de photos sont publiées chaque jour, montrant soit des peintures, soit l’architecture du lieu. Tout est photographié: l’extérieur, le hall d’entrée, les escaliers. L’engouement est total. Et je dois dire que la très grande majorité des gens qui affichaient un certain scepticisme par le passé sont aujourd’hui convaincus par l’esthétique et la qualité du bâtiment.

 

Vous avez indiqué estimer les visites à environ 800 par jour. Un chiffre que vous envisagiez?

Ce chiffre dépasse de loin ce que nous espérions. Mais il faut rester prudent et regarder les chiffres à l’année selon les différentes expositions que nous allons proposer. Vienne 1900, qui met en valeur de grands artistes tels que Klimt ou Schiele, n’est pas absolument représentative de la totalité de notre programmation. Il risque donc d’y avoir des hauts et des bas. Un bilan en fin d’année serait plus prudent pour répondre au mieux à cette question.

 

Reste que, comme vous le disiez, la première exposition déjà fut un franc succès.

Nous avons en effet accueilli plus de 86'000 personnes, alors que nous en espérions 50'000 environ. C’est au-delà de nos espérances. Il faut évidemment souligner la curiosité des débuts. Les gens viennent pour voir le bâtiment et ce nouveau lieu. Encore faut-il ensuite réussir à les faire revenir, avec un programme attrayant.

 

La première exposition, Atlas, a mis en lumière vos collections et les donations. Pourquoi avoir fait ce choix?

Nous voulions d’une part remercier toutes les personnes qui nous ont donné des œuvres, voire des collections entières, et les mettre en valeur. Nous avons reçu des choses vraiment fantastiques. Ce choix nous a aussi permis de tester le bâtiment en termes de lumière, de climat, de circulation du public dans les salles, de la matérialité des lieux. Ce que nous ne pouvions pas faire avec des pièces comme les toiles de Klimt. Une fois encore, sur ces questions, les tests se sont avérés des plus réussis.

Salle d’esposition MCBA. Photo | Etienne Malapert
Koloman Moser (1868-1918). Trois femmes [Drei Frauen], vers 1914. Photo | MUMOK-Deinhardstein

Depuis mi-février, vous consacrez votre première exposition temporaire aux artistes viennois de 1900. Un mot sur celle-ci?

Nous avons déjà réalisé des expositions autour d’artistes vaudois tels qu’Eugène Grasset ou Théophile Steinlen au Palais de Rumine, qui représentent le Paris de 1900. C’est un sujet que nous connaissons bien. Pour la première exposition dans nos nouveaux locaux, nous souhaitions faire quelque chose de totalement inédit et qui n’avait jamais été réalisé ailleurs en Suisse romande non plus. Au-delà d’exposer des tableaux de grands artistes, nous mettons aussi en exergue tout le contexte culturel de Vienne en 1900 à travers une approche thématique basée sur la peau. Cette démarche a beaucoup plu à nos collègues autrichiens. Raison pour laquelle ils nous ont généreusement prêté des œuvres. Le travail de nos conservatrices et conservateurs a entièrement convaincu les musées viennois.

 

Le travail pour obtenir ces œuvres semble avoir été plutôt simple.

Il n’y a eu que des démarches difficiles en réalité. Obtenir cinq œuvres de Klimt, sachant qu’il n’y en a que très peu dans des collections publiques, tient de l’exploit. C’est uniquement explicable par le concept thématique qui a plu à nos collègues. En Autriche, un règlement national instaure les différentes modalités de prêt d’œuvres, même privées. Des œuvres sur papier par exemple doivent ensuite reposer durant trois ans. Les pièces visibles en ce moment au MCBA seront, au terme de l’exposition, mises en quarantaine, en quelque sorte. Elles ne pourront pas être prêtées ailleurs l’an prochain. Nous avons donc eu beaucoup de chance. Même si nous avons commencé le travail autour de cette exposition et de ce thème il y a trois ans déjà.

 

Des œuvres d’exception supposent forcément des mesures sécuritaires en conséquence. Lesquelles?

C’est une question à laquelle je ne peux pas répondre en détail. Mais de façon générale, il faut prendre en compte la sécurité des œuvres et le climat. Si le climat dans les salles variait énormément, nous n’aurions pas pu recevoir les œuvres actuellement exposées. Quant à la sécurité, nous avons dû garantir un nombre de gardiens suffisant par espace et par étage et que nous disposions d’un bâtiment répondant à toutes les normes d’évacuation si le cas devait se présenter.

 

Le contexte sanitaire a brutalement stoppé le succès de Vienne 1900 et du MCBA dans son nouvel écrin. Qu’en est-il aujourd’hui, avec la reprise progressive des activités?

La reprise s’est faite en deux phases, d’abord pour les collections et trois semaines plus tard pour Vienne 1900. Les collections étaient très bien visitées, ce qui démontre l’intérêt des Vaudois pour leur patrimoine. Vienne a très bien démarré, avec des pics jusqu’à 1500 personnes par jour, ce qui est parfaitement gérable dans des conditions extrêmes telles que nous les connaissons. Là encore, le bâtiment a prouvé son adéquation.

Le musée pour tout le monde

En plus des expositions qu’il propose tout au long de l’année, le Musée cantonal des Beaux-Arts offre un large panel d’activités de médiation scientifique à destination de tous les publics.

Pour les écoles, le mot d’ordre est simple: le musée mise sur la gratuité. «Les écoles sont l’une de nos priorités, souligne Sandrine Moeschler, responsable de la médiation. Nous proposons plusieurs types de visites: libres avec du matériel pédagogique à disposition du corps enseignant; accompagnées par une médiatrice, donc interactives, qui misent sur la discussion avec les jeunes ou sur le dessin, mais aussi des visites menées par des élèves pour d’autres élèves.» Sans compter les formations continues à destination des enseignants, dispensées en partenariat avec la HEP Vaud. «La mission éducative du musée est considérée comme primordiale, raison pour laquelle le service de médiation s’est largement développé ces dernières années», indique Sandrine Moeschler.

Hors cadre scolaire, le MCBA propose pour les enfants et les familles différents rendez-vous réguliers. Les premiers samedis de chaque mois, place aux ateliers de création pour enfants, ou visites en famille tous les premiers dimanches du mois. «Nous apprécions particulièrement ce format, qui fait dialoguer enfants et adultes autour de l’art. Qu’on ait huit ou 45 ans, on se pose parfois des questions similaires face à certaines démarches artistiques.» À noter que les plus petits ne sont pas en reste, puisque le musée propose, tous les premiers mercredis du mois, des visites sous forme d’initiation pour les trois-cinq ans.

Les adultes peuvent profiter de visites commentées les jeudis à 18 h et les dimanches à 11 h. «Les derniers mardis du mois à midi, nous proposons un format plus confidentiel, composé d’une courte visite suivie d’un repas au restaurant du musée.» Permettant ainsi de prolonger les discussions autour d’une assiette.

Des conférences sont aussi organisées pour les adultes. Les rencontres «Un regard sur une œuvre», d’une durée d’environ 30 minutes, donnent la parole à un spécialiste présentant une œuvre. «Dès septembre, ces présentations seront assurées par des spécialistes d’autres domaines, afin de multiplier les points de vue: des historiens, des sociologues ou par exemple un géologue qui se focaliserait sur la représentation de roches dans un paysage», livre Sandrine Moeschler.

À noter aussi le programme «Passeurs et Passeuses de culture: oser l’art autrement!», qui propose aux seniors ainsi qu’aux jeunes de 18 à 25 ans de se former sur les expositions du musée en vue de les faire découvrir aux personnes de leur entourage.

Et enfin les formules proposées aux personnes en situation de handicap. «Nous avons récemment inauguré une application de visite de l’exposition permanente avec un parcours en langue des signes française, réalisée en collaboration avec une médiatrice sourde. Nous allons développer d’autres collaborations à l’avenir, Plateforme 10 bénéficiant dorénavant du label Culture inclusive.» Le MCBA propose par ailleurs des visites descriptives pour les personnes aveugles ou malvoyantes. «Il nous faut encore développer d’autres outils pour différents besoins spécifiques. Nous sommes à l’écoute et souhaitons proposer des solutions sur mesure en fonction des demandes», conclut Sandrine Moeschler. (DT)

Sandrine Moeschler, médiatrice culturelle au MCBA. Photo | ARC JEan-Bernard Sieber

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