Ressources humaines

Congé de l’autre parent : un mois en or

Depuis 2021, l’Administration cantonale vaudoise offre un congé de l’autre parent (ex congé paternité) de vingt jours ouvrables. Une mesure concrète qui ne se contente pas d’ajouter du temps mais qui change aussi la façon d’accueillir un enfant, d’accompagner la mère, et de prendre sa place dès les premières semaines. Deux collaborateurs de l’État de Vaud témoignent de ce que ce mois a fait naître dans leurs vies.

7 minutes de lecturePublié le 25 févr. 2026

Pour Frédéric Cerchia, délégué cantonal à l’enfance et à la jeunesse au sein de la Direction générale de l’enfance et de la jeunesse (DGEJ), le congé paternité de vingt jours à l’État de Vaud est devenu effectif au moment où sa vie a basculé : en 2021, lorsqu’il est devenu père pour la première fois. Il ne peut donc pas comparer avec « avant », lorsque ce congé se comptait sur les doigts d’une main (lire l’encadré), mais il sait trouver les mots pour raconter ce que ce mois a rendu possible, et pourquoi il l’estime décisif. « La naissance n’est pas une simple étape heureuse à gérer autour d’un agenda professionnel, c’est une révolution totale : émotionnelle et organisationnelle. Elle fait émerger, surtout pour le premier enfant, une période aussi belle qu’éprouvante, où la mère peut se sentir particulièrement vulnérable, physiquement et psychiquement ».

Frédéric Cerchia s'est senti respecté dans une phase décisive de sa vie, et insiste sur la flexibilité qui lui a été accordée au-delà du congé paternité.

Le mois d’or : une tradition chinoise ancestrale qui gagne nos cultures

Frédéric Cerchia évoque une notion qui l’a marqué : « En Chine, depuis des siècles, les semaines qui suivent l’accouchement sont désignées comme un mois d’or. Un mois où la mère devrait être entourée, soutenue et protégée des sollicitations, afin de favoriser la récupération et l’attachement avec le bébé. ». Sa présence à lui est devenue une évidence au fil des jours et, face à cette réalité, l’idée qu’un père puisse revenir au bureau après seulement trois ou cinq jours lui paraît presque irréelle. Reconnaissant envers son employeur, il dit s’être « senti respecté dans une phase décisive de sa vie », et insiste sur la flexibilité qui lui a été accordée au-delà du congé paternité — réduction de taux, aménagements, congé non payé ou rattrapage d’heures — pour accompagner ensuite la reprise d’activité de sa compagne.

Un sacré bond en avant

L’autre témoin, qui préfère rester anonyme, a eu quatre enfants en presque dix ans : de quoi mesurer l’évolution des choses. Pour ses deux premiers, alors qu’il travaillait dans le secteur privé, il avait bénéficié de respectivement cinq et trois jours de congé. Avec les deux derniers, nés alors qu’il est engagé à l’État de Vaud, il bénéficie à deux reprises des vingt jours. « Un sacré bond en avant » dont il se dit redevable même si, comme il le nuance, « ce mois n’efface pas le fait que le besoin de présence se joue sur une période beaucoup plus longue, en particulier durant la première année de vie où chaque jour compte, où les nuits sont hachées et les routines naissent, où l’enfant a besoin de constance ». Et d’évoquer les pays nordiques où des congés plus longs existent, avec une protection de l’emploi et une répartition plus égalitaire sur la première année. Face à ces modèles, nés dans un contexte social bien différent et dont il reconnaît les coûts, il voit le congé de l’autre parent d’un mois comme un très net progrès, mais encore une étape.

Une flexibilité qui compte autant que le nombre de jours

Les deux pères n’ont pas organisé ce congé de la même manière — et c’est justement ce qui montre sa force. Frédéric Cerchia, lui, a choisi à deux reprises de prendre son congé d’un bloc, dès la naissance. Pour lui, c’est cohérent avec l’idée du mois d’or : être là entièrement, sans découpage, au moment où la mère et le bébé ont le plus besoin de soutien et de stabilité.

L’autre collaborateur quant a lui, a fractionné : une dizaine de jours au moment de la naissance, puis le solde plus tard, adossé aux vacances d’été. Sa logique est pragmatique : « Avec des aînés, la période estivale demande de toute façon des congés. Additionner congé paternité et vacances permet de créer un temps commun plus long, avec tout le monde, et de souffler vraiment. ».

Deux stratégies, une même conclusion : la flexibilité n’est pas un détail administratif. Elle détermine la manière dont le père peut se rendre utile et présent, en fonction du contexte familial.

Soutenir la mère, mais aussi naître père

Les deux témoignages convergent en tout cas clairement sur un aspect : ce congé est aussi un congé de construction. Pour Frédéric Cerchia, il permet « de développer un sentiment de légitimité et d’attachement ». Il cite les gestes fondateurs et très concrets : faire le bain, changer une couche, préparer un biberon, consoler, reconnaître les pleurs, comprendre son enfant. « Ce qui peut paraître une montagne quand on ne le fait qu’occasionnellement devient une routine quand on est là, jour après jour. Et cette routine change tout : elle met le père au centre, pas en soutien lointain », analyse-t-il. Le collaborateur anonyme abonde : le congé permet « de prendre sa place ». Non pas seulement pour aider ponctuellement, mais pour s’installer dans la mécanique familiale — et, au passage, déjouer un peu la logique sociale qui enferme encore souvent les mères dans le rôle de « parent par défaut ».

« Ce qui peut paraître une montagne quand on ne le fait qu’occasionnellement devient une routine quand on est là, jour après jour. Et cette routine change tout : elle met le père au centre, pas en soutien lointain »

Frédéric Cerchiapapa de deux enfants ayant bénéficié du congé de l'autre parent, introduit en 2021

Un congé qui dépasse la sphère privée

Il va plus loin : « Le congé paternité ne change pas seulement la répartition du ménage, il change aussi la posture du père dans l’espace public de l’enfant. Être présent dès le début, c’est aussi s’autoriser à exister pleinement dans les interactions avec l’école, les pédiatres, les institutions… Cela donne au père une confiance et une légitimité visibles et peut contribuer, petit à petit, à un rééquilibrage culturel », veut-il espérer.

En tant que délégué à l’enfance, Frédéric Cerchia relie cette expérience à une logique de politique publique. « Soutenir les parents dès la grossesse et les premières années de l’enfant est un enjeu majeur. Le Canton travaille d’ailleurs activement à renforcer les dispositifs d’encouragement précoce, pour les 0-4 ans » (lire encadré 2). Dans cette perspective, le congé de l’autre parent n’est plus seulement une simple mesure RH : il participe à une vision globale de la santé qui intègre le soutien à la parentalité pour un développement harmonieux de l’enfant.

Le « congé de l’autre parent » en bref

En 2021, un congé de l’autre parent (ex congé paternité) de dix jours ouvrables a enfin été instauré en Suisse – et en 2022 dans l’Union européenne. Si l’administration cantonale vaudoise offrait déjà cinq jours ouvrables à ses collaborateurs avant la législation fédérale, le Conseil d'État a décidé alors d'augmenter à vingt jours la durée du congé de l’autre parent.

Moyennant quelques procédures administratives bien balisées, que la collaboratrice et le collaborateur du Canton peuvent trouver auprès de leur référent RH, le congé payé peut être pris en totalité dans les six mois suivant la naissance de l’enfant, en bloc ou par journées séparées. D’autres aménagements (réduction ou aménagement du taux de travail, congé sans solde, etc.) peuvent être étudiés en concertation avec la hiérarchie.

En savoir plus

Encouragement précoce : bientôt du nouveau

Depuis 2006, la Direction générale de l’enfance et de la jeunesse et la Direction générale de la santé portent conjointement le programme de promotion de la santé et prévention 0-4 ans (encouragement précoce) qui vise à encourager le développement physique, affectif, cognitif, moteur, langagier et social des enfants, de la conception à l’entrée à l’école obligatoire (4-5 ans), en favorisant un environnement sain, sûr, stimulant, caractérisé par des relations stables et soutenantes. Ce programme centralise toutes les prestations subventionnées ainsi que les documents et liens utiles pour favoriser la socialisation des enfants, faciliter progressivement leur prise d’autonomie, soutenir les compétences parentales mais aussi prévenir l’isolement des parents. Un carnet d’adresses Petite Enfance à l’usage des parents est notamment disponible gratuitement pour chaque région du canton. Comme l’explique Frederic Cerchia, délégué cantonal à l’enfance et à la jeunesse, toutes ces mesures qui ont déjà beaucoup évolué sont en train d’être renforcées : « L’encouragement précoce est devenu une priorité politique, également au niveau national. Un réseau cantonal dédié, réunissant les principaux acteurs et actrices de la santé et du socio-éducatif, a été constitué en 2025 pour être consulté sur l’évolution de ce programme et l’identification en continu des besoins dans ce domaine. D’autres nouveautés seront annoncées en principe au printemps 2026.

Plus d’infos :
www.vd.ch/carnet-petite-enfance

www.vd.ch/prevention-enfance-jeunesse

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