
Richard Fencz : le bon mot, au bon endroit
Spécialiste en analyse de données à la DGRH, Richard Fencz jongle avec les chiffres au quotidien. Mais une fois l’ordinateur éteint, ce sont les lettres qui occupent son esprit. Depuis l’adolescence, il pratique le Scrabble en club, une discipline exigeante et méconnue où la mémoire, la logique et la patience font toute la différence.
Comme beaucoup, Richard Fencz découvre le Scrabble dans un cadre familial, au fil de parties jouées avec des proches. Un jeu qu’il apprécie, jusqu’à ce qu’une occasion inattendue se présente sur les bancs de l’école. «Ma prof d’histoire faisait partie d’un club et a proposé aux élèves de participer à un atelier de découverte du Scrabble», se souvient-il. Intrigué, il décide d’y jeter un œil.
C’est là qu’il découvre une autre facette du jeu, bien différente de la version connue du grand public : le Scrabble Duplicate. Une révélation. Le cadre structuré, la réflexion collective et l’équité face aux tirages l’attirent immédiatement. La passion prend racine.
Trouver le mot n’est qu’une étape : encore faut-il le placer au bon endroit pour maximiser les points. | Photo : ARC SieberLe Scrabble Duplicate, une discipline à part entière
Contrairement au Scrabble classique, joué en duel ou en petit comité, le Scrabble Duplicate repose sur un principe collectif. Un arbitre tire sept lettres, identiques pour tous les joueurs, qui disposent ensuite de quelques minutes pour trouver la meilleure solution possible. «On réfléchit tous en même temps avec les mêmes lettres, ce qui élimine le facteur chance», explique Richard Fencz.
Chaque coup demande réflexion, calcul et sens de l’anticipation. Trouver le mot n’est qu’une étape : encore faut-il le placer au bon endroit pour maximiser les points. «Un mot de deux lettres peut parfois valoir plus qu’un mot de sept lettres», souligne-t-il. Une richesse de possibilités qui rend chaque partie unique.
«On peut faire un million de parties dans sa vie, il n’y en a pas deux qui seront identiques». Et parfois c’est une place intéressante qu’on repère en premier sur le plateau avant de construire le mot qui l’occupera. Richard Fencz se souvient : un jour, dans un tournoi, l’un des grands champions rate un top (à savoir, le mot avec le plus de valeur) ; en discutant avec lui après la partie, on s’étonne du fait qu’il ne l’ait pas trouvé. Il s’exclame alors : « Ce n’est pas une place ! », sous-entendu que cet endroit de la grille n’était pas assez intéressant pour tenter d’y placer un mot. Ce qui rappelle une chose essentielle : une partie de Scrabble requiert également des talents d’optimisation.
«On peut faire un million de parties dans sa vie, il n’y en a pas deux qui seront identiques».
Le goût du défi et de l’apprentissage
Si Richard Fencz s’investit davantage, c’est avant tout pour le défi intellectuel que le jeu propose. «J’ai toujours été un fan des jeux de lettres», confie-t-il, évoquant aussi son attrait pour les mots fléchés et autres jeux linguistiques. Mais le Scrabble offre quelque chose de plus : un apprentissage permanent.
À chaque partie, de nouveaux mots apparaissent, parfois inconnus, parfois jamais envisagés dans un tel contexte. La discipline exige rigueur, mémoire et capacité d’analyse. «Même si on connaît un mot, encore faut-il penser à le construire à partir d’un tirage de lettres mélangées». Une gymnastique mentale qui séduit le «scrabbleur».
Contrairement au Scrabble classique, joué en duel ou en petit comité, le Scrabble Duplicate repose sur un principe collectif. | Photo : ARC SieberUne pratique compétitive, mais mesurée
Engagé pendant de nombreuses années dans les tournois, Richard Fencz a connu la compétition à haut niveau. Il a participé à des championnats nationaux et même à un championnat du monde francophone. Plus jeune, il décroche le titre de champion suisse junior, un souvenir marquant dans son parcours.
Avec le temps, le rythme change. «Soit on est extrêmement assidu et on fait des tournois presque chaque week-end, soit on ne fait rien», observe-t-il. Aujourd’hui il joue plus ponctuellement, par manque de temps, mais aussi par choix. Le plaisir du jeu prime désormais sur la performance.
Un jeu ouvert à tout le monde
Contrairement aux idées reçues, le Scrabble de compétition n’est pas réservé à une élite intellectuelle ou à des profils «littéraires». Richard Fencz insiste : «Il n’y a absolument aucun prérequis. C’est ouvert à tout le monde.» Le seul véritable critère concerne l’âge. En général, les clubs n’acceptent pas les enfants avant huit ou neuf ans, le temps que le vocabulaire se développe.
Cette ouverture se vérifie jusque dans les clubs. Richard Fencz se souvient d’une anecdote marquante vécue au club de la Blécherette. Un jeune joueur d’environ sept ans souhaite faire venir son petit frère, alors âgé de six ans. Trop jeune, estiment d’abord les membres du club. Mais l’aîné insiste : son frère adore jouer au Scrabble à la maison et montre de réelles aptitudes. Le puîné est finalement accepté. «Et ce garçon est devenu champion du monde par la suite», raconte-t-il. Une anecdote qui semble l’avoir profondément marqué et qui témoigne de la variété des profils au sein des clubs.
Une passion discrète, mais structurante
Si le Scrabble n’occupe plus toutes ses soirées, il reste une constante dans la vie de Richard Fencz. Une activité exigeante, qui structure autant qu’elle apaise. «Il faut aussi savoir compter juste», glisse-t-il, rappelant que derrière les lettres se cache aussi une vraie rigueur mathématique.
Dans un quotidien professionnel rythmé par l’analyse de données, cette passion offre un équilibre différent, tout aussi structuré, mais plus ludique. Une passion discrète, mais profondément ancrée, qui l’accompagne depuis l’adolescence. (DE)










