Formation

Pourquoi et comment relancer l'apprentissage

Affiches dans les rues, vidéos dans les bus, spots au cinéma, contenus sur TikTok : en 2026, le Département de l’enseignement et de la formation professionnelle (DEF) déploie une vaste campagne pour promouvoir l’apprentissage auprès des jeunes en fin de scolarité obligatoire. Responsable de la communication de l'Office cantonal d'orientation scolaire et professionnelle (OCOSP), Catherine Fleury dévoile toute la stratégie élaborée derrière le slogan « C’est aussi ça, l’apprentissage ».

6 minutes de lecturePublié le 25 févr. 2026

Si le canton de Vaud lance aujourd’hui une campagne d’envergure, cela ne doit rien au hasard! Si la démarche trouve son origine dans le programme de législature 2022-2027, qui fait de la valorisation de la formation professionnelle un axe politique à part entière, elle est renforcée par un constat simple, mais implacable. « à la sortie de l’école obligatoire, la proportion de jeunes choisissant directement l’apprentissage stagne, tandis que les filières gymnasiales progressent», rappelle Catherine Fleury, responsable du pilotage de cette campagne. On constate une érosion de la demande, même si cette tendance s'est stabilisée, il s’agit désormais de l’inverser. » Car, au-delà de l’orientation individuelle, l’enjeu est aussi économique et sociétal: « Pour le canton, l’apprentissage reste une base pour prévenir les pénuries dans des domaines essentiels, comme la santé, le social ou encore la transition écologique et énergétique. »

«À la sortie de l’école obligatoire, la proportion de jeunes choisissant directement l’apprentissage stagne, tandis que les filières gymnasiales progressent»

Catherine Fleury   

Responsable de la communication de l'Office cantonal d'orientation scolaire et professionnelle

Des chiffres qui interrogent…

Les données disponibles montrent une réalité contrastée. À la fin de la scolarité obligatoire, seuls 20% des jeunes commencent un apprentissage, contre environ 45% qui s’orientent vers le gymnase. 24% bénéficient de mesures de transition entre les bancs de l'école et le monde du travail. Mais cette photographie instantanée masque des trajectoires plus complexes:  « Il y a des jeunes qui aimeraient faire un apprentissage, mais qui ne trouvent pas de place immédiatement. Et on constate que quelques années après, 55% des jeunes se retrouvent finalement en formation professionnelle, suite, par exemple, à un échec au gymnase.»

Derrière ces chiffres, une préoccupation humaine : éviter des parcours d’échec inutiles et permettre aux jeunes de se sentir compétents plus tôt: « Au niveau de l’estime de soi, l’échec n’est pas facile à vivre. L’apprentissage permet de s’épanouir, de mettre en valeur des compétences qui ne sont pas forcément reconnues à l’école : le sens du contact, la communication, l’habileté manuelle, l’esprit d’équipe, etc.. »

Le plaisir avant le salaire

Cette campagne ne s'est pas construite du jour au lendemain, mais pas à pas ; grâce à une stratégie mûrie de longue date, nourrie par une enquête, des tests en classe et une volonté claire, celle de remettre l’apprentissage au centre des choix. Le cœur du message fut aussi le fruit d’une enquête menée auprès des élèves de dernière année et de leurs parents: « Constatant qu’il y avait peu de données sur la perception de l’apprentissage auprès des jeunes, nous avons lancé un sondage dont les résultats nous ont permis d’adapter notre stratégie. »

Notamment, il a permis de confirmer que le premier critère de choix pour les jeunes est celui du plaisir, qui passe même devant celui du salaire. «Cette notion a guidé toute la partie créative et l'élaboration du message que nous voulions faire passer en montrant une formation vécue comme quelque chose de concret, dynamique et gratifiant.»

Pour éviter les clichés, la campagne met en scène des situations réelles, positives, concrètes. « On voulait du concret. Pas une affiche se résumant à dire que l’apprentissage “c'est chouette”. Au contraire, les visuels et vidéos jouent sur l’effet de surprise. L’idée est de montrer, par exemple, des jeunes dans une situation qui laisse penser au premier regard qu'ils sont filmés pendant leurs loisirs… alors que non, ils sont pris dans leur quotidien, en plein travail. Autrement dit, il s'agit de retourner le regard. Montrer qu’un métier, ce n’est pas seulement une “tâche”, c’est aussi une expérience, des sensations, des défis, un collectif, une identité.»

Dans cet esprit, la première étape de cette campagne comprend trois clips différents: «Ils illustrent les trois domaines que nous avons choisis en raison des besoins de relève sur le marché de l’emploi, à savoir la santé, la construction et l’électricité. »

Sur le site monapprentissage.ch, les trois vidéos des métiers choisis peuvent être visionnées

Donner la parole aux apprentis

Au printemps, la campagne abordera une deuxième phase en faisant appel à des micro-influenceurs et à des apprentis ambassadeurs. «L’idée est que les jeunes parlent aux jeunes. Il faut qu’ils voient concrètement des apprentis qui aiment ce qu’ils font. Et ils sont nombreux. Il faut leur donner la parole et montrer leur quotidien dans toute son authenticité. »

Pour Catherine Fleury, l’ambition est de refléter au maximum la diversité des métiers qui s'offrent à eux. « Avec plus de 175 métiers accessibles par apprentissage dans le canton de Vaud (environ 6 300 places proposées chaque année), la formation professionnelle offre de nombreuses opportunités. Nous voulons montrer qu’il y a beaucoup de métiers différents et que chacun peut trouver celui qui lui convient et auquel il n'a peut-être jamais songé. »

«Avec plus de 175 métiers accessibles par apprentissage dans le canton de Vaud (environ 6 300 places proposées chaque année), la formation professionnelle offre de nombreuses opportunités. Nous voulons montrer qu’il y a beaucoup de métiers différents et que chacun peut trouver celui qui lui convient et auquel il n'a peut-être jamais songé.»

Catherine FleuryResponsable de la communication de l'Office cantonal d'orientation scolaire et professionnelle

Les parents, prescripteurs numéro un

Concernant les parents, Catherine Fleury est catégorique : la décision se fait à la maison. «Les parents sont le principal prescripteur de choix. Autant les enseignants que les conseillers en orientation peuvent aider à réfléchir, mais la décision, elle se fait à la maison, avec ses parents. »

Raison pour laquelle les parents des élèves de dernière année de scolarité obligatoire feront l'objet d'une communication spécifique. «Nous prévoyons une brochure d’information sur l'apprentissage. Les parents peuvent parfois avoir des représentations héritées d’un autre temps, où l’apprentissage était perçu comme une voie fermée, comme si cela revenait à dire non aux études. Alors que ce n’est plus du tout le cas : le système de formation a beaucoup évolué ces trente dernières années. L’apprentissage ouvre de nombreuses perspectives d’évolution, que cela soit au niveau de la formation professionnelle supérieure, des hautes écoles spécialisées en passant par la maturité professionnelle ou des universités et EPF grâce à des passerelles. Avec cette campagne, il s’agit aussi de casser quelques préjugés. »

Le site www.monapprentissage.ch

Le site constitue une porte d’entrée ludique vers:

  • Un descriptif des 170 métiers accessibles par l'apprentissage et disponibles dans le canton de Vaud 
  • Un quiz pour se familiariser avec l'un des 170 métiers
  • Et d'autres informations utiles

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