Portrait de la directrice l'OCOSP
Emmanuelle Rossier défend une orientation fondée sur l’écoute, le conseil éclairé et l’adaptation permanente aux mutations de la société. | Photo : ARC Sieber
Métier

Emmanuelle Rossier: une place pour chacun

À la tête de l’Office cantonal d’orientation scolaire et professionnelle (OCOSP) depuis décembre 2024, Emmanuelle Rossier dirige un dispositif clé de la politique publique vaudoise. Entre accompagnement des jeunes, reconversions d’adultes et pilotage d’une équipe de plus de 160 collaborateurs, elle défend une orientation fondée sur l’écoute, le conseil éclairé et l’adaptation permanente aux mutations de la société. Portrait d’une directrice pour qui chaque parcours mérite un choix éclairé.

Emmanuelle Rossier défend une orientation fondée sur l’écoute, le conseil éclairé et l’adaptation permanente aux mutations de la société. | Photo : ARC Sieber
4 minutes de lecturePublié le 12 févr. 2026

Formée en sciences politiques avec une spécialisation en gestion publique, Emmanuelle Rossier a construit son parcours au fil des institutions et du terrain. Après des expériences à la Confédération et au canton de Genève, elle effectue un premier passage à l’État de Vaud dans le dispositif d’aide sociale, où elle travaille durant huit ans sur les mesures d’insertion socio-professionnelle.

Le besoin de confronter l’action publique à la réalité concrète la conduit ensuite chez un prestataire de mesures d’insertion, où elle développe des projets destinés à faciliter l’accès à la formation et à l’emploi. Une expérience décisive, avant de revenir à l’État de Vaud et de prendre, en décembre 2024, la direction de l’OCOSP.

Ce poste lui permet de réunir deux dimensions qui la motivent particulièrement : l’opérationnel et la réflexion d’ensemble. «Ce qui m’a plu, c’est d’avoir à la fois le côté terrain — comment délivrer une prestation de qualité — et des éléments plus globaux liés à une politique publique de soutien aux projets de formation et d’insertion professionnelle»

Piloter un dispositif humain et technique

L’OCOSP, c’est 164 collaborateurs répartis sur l’ensemble du canton.

On y trouve trois grandes familles de professionnels : les conseillers, psychologues de formation et spécialisés selon les publics (école obligatoire, post-obligatoire, adultes), un dispositif administratif chargé du suivi, des demandes et du monitoring, ainsi qu’une unité information et communication. Celle-ci anime notamment les centres d’information et de documentation régionaux, où des spécialistes de l’information répondent aux questions sur les métiers, les formations et les parcours possibles.

La directrice décrit un double mandat : faire fonctionner l’institution et garantir la qualité de l’accueil. «Il s’agit notamment de s’assurer que les collaborateurs se sentent bien dans leur poste, mais aussi que les personnes qui sollicitent une prestation reçoivent ce qu’elles sont en droit d’attendre d’un organisme comme le nôtre»

À cela s’ajoutent des projets transversaux menés avec d’autres services du Département de la formation, par exemple dans le cadre des campagnes de valorisation de l’apprentissage ou de projets d’information sur les métiers.

La directrice de l'OCOSP de face au sein des locauxEmmanuelle Rossier voit dans l’OCOSP un acteur discret mais essentiel : un lieu où l’on aide chacun à comprendre, choisir et avancer. | Photo : ARC Sieber

Informer, accompagner, construire

Pour sa directrice, le cœur du métier de l’OCOSP reste le conseil en orientation. Celui-ci se décline en interventions collectives dans les classes — pour présenter le système de formation, les passerelles ou l’apprentissage — et en consultations individuelles.

Dans ces entretiens, les conseillers travaillent avec des outils d’analyse, de testing et d’exploration des motivations afin d’aider chaque personne à construire un projet réaliste. «On identifie les envies, les ressources, les freins, puis on élabore un plan d’action pour permettre à la personne de réaliser son projet».

L’office assure également un suivi, notamment pour les adultes engagés dans un processus de validation des acquis de l’expérience. Chez eux, les situations sont souvent singulières : reconversion, évolution de carrière, remise en question après plusieurs années d’activité. «Il y a quasiment autant de cas de figure que de personnes qui viennent nous voir».

«On identifie les envies, les ressources, les freins, puis on élabore un plan d’action pour permettre à la personne de réaliser son projet»

Emmanuelle RossierDirectrice de l’Office cantonal d’orientation scolaire et professionnelle

Des chiffres qui traduisent l’ampleur du service

Chaque année, l’OCOSP réalise environ 18’000 consultations d’orientation tous publics confondus. Une part importante concerne l’école obligatoire, avec près de 6’800 consultations individuelles sur l’année scolaire.

Les proportions varient selon les périodes, mais l’essentiel de l’activité touche les élèves de l’école obligatoire, suivis des adultes et des jeunes en transition entre la fin de la scolarité et une première formation professionnelle.

Pour Emmanuelle Rossier, ces chiffres traduisent surtout une responsabilité : «Notre objectif n’est pas de dire aux gens ce qu’ils doivent faire, mais de leur permettre de choisir avec le plus d’éléments possibles».

On voit une cuisine de restaurant lors d'un serviceCertains secteurs peinent aujourd’hui à recruter, comme la construction ou les métiers de bouche. | Photo: Fotolia-zhu difeng

Entre rêves, réalités et information

Face aux jeunes, l’OCOSP joue aussi un rôle d’ouverture du champ des possibles. Chaque année, une poignée de métiers concentre l’essentiel des choix — commerce, logistique, vente — alors que plus de 170 professions sont accessibles par la voie de l’apprentissage.

La directrice insiste sur l’équilibre à trouver entre aspiration et réalisme. «Si quelqu’un rêve d’un métier avec très peu de places, il faut l’intégrer dans la réflexion et construire un plan B, sans jamais imposer une voie».

Certains secteurs peinent aujourd’hui à recruter, comme la construction ou les métiers de bouche. Mais l’OCOSP n’est pas un bureau de placement. Sa mission reste l’éclairage. «Nous allons chercher l’envie, la motivation et les compétences de chaque jeune, et nous construisons avec lui son projet».

Une direction en mouvement

La journée type d’Emmanuelle Rossier est loin de toute routine. Beaucoup de coordination, de séances de suivi, de gestion de projets et de réponses aux sollicitations internes ou politiques. Elle estime son temps réparti entre suivi opérationnel, impulsion des équipes et analyse plus réflexive.

Ce qui la motive avant tout reste l’humain. «J’aime travailler avec des équipes, sur le sens, les valeurs, le bien-être au travail». Elle se dit aussi attachée à la nature évolutive du dispositif: «L’OCOSP est en constant mouvement. On doit toujours se demander : est-ce qu’on fait juste, est-ce qu’on pourrait faire différemment, est-ce que les besoins ont changé ?»

Les publics aussi évoluent. «Un jeune d’aujourd’hui n’est pas le même qu’il y a quinze ans. Il faut rester connecté à la société pour adapter nos réponses».

«Notre objectif n’est pas de dire aux gens ce qu’ils doivent faire, mais de leur permettre de choisir avec le plus d’éléments possibles».

Emmanuelle RossierDirectrice de l’Office cantonal d’orientation scolaire et professionnelle

Quand les parcours donnent des nouvelles

Mesurer l’impact d’une orientation reste complexe : chaque situation est différente, chaque contrainte personnelle pèse dans la décision. L’OCOSP ne promet pas une réussite standardisée, mais un accompagnement éclairé.

La satisfaction, en revanche, est suivie, et les retours sont largement positifs. Il arrive aussi que d’anciens bénéficiaires reprennent contact. «Des personnes nous donnent parfois des nouvelles. Ce sont de très belles surprises».

Dans un canton où les choix de formation conditionnent largement les trajectoires professionnelles, Emmanuelle Rossier voit dans l’OCOSP un acteur discret mais essentiel : un lieu où l’on aide chacun à comprendre, choisir et avancer. «Je suis convaincue qu’il existe, quelque part, une place pour chaque personne» conclut-elle. (DE)

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