
De l’imprimerie à la boîte aux lettres
Chaque votation ou élection dans le canton de Vaud repose sur une logistique impressionnante. Avant que les électeurs ne reçoivent leur enveloppe dans leur boîte aux lettres, des centaines de milliers de pages passent entre les mains d’équipes spécialisées, de machines ultramodernes et de logiciels de suivi sophistiqués. Nous avons suivi Christophe Léonardi, responsable exploitation du Centre d’édition de l’État de Vaud (CEd), en charge de la production et de la diffusion du matériel de vote.
Chaque votation fédérale implique environ 500 000 électeurs vaudois, dont quelque 25 000 citoyens vivant à l’étranger. Pour les votations communales, le chiffre atteint environ 610 000 électeurs, dont près de 100 000 citoyens étrangers autorisés à voter au niveau communal. Le Centre d'édition (CEd), intégré à la Direction des achats et de la logistique (DAL), produit donc un matériel de vote colossal : un million de pages, plus les annexes, qui doivent parvenir aux électeurs six semaines avant le scrutin.
« Pour une votation fédérale ou cantonale classique, la production du matériel avec ses annexes prend entre 10 et 13 jours, avec des équipes qui travaillent 18 heures par jour en relais de 9 heures », explique Christophe Léonardi. Les communales nécessitent davantage de temps : 15 à 20 jours, voire trois semaines et demie, pour préparer un matériel complet, car chaque commune amène son propre matériel de vote.
Du papier aux machines
La production commence par la préparation des bobines de papier. Chaque bobine pèse environ 390 kilos, représentant 40 000 feuilles de 120 grammes. Les imprimantes utilisées sont des modèles jet d’encre. Chaque machine demande environ une heure de préparation et de calibrage avant de lancer l’impression.
Le matériel est ensuite mis sous pli. Pour de petites quantités — moins de 150 enveloppes — cette opération se fait à la main. Au-delà, ce sont des machines spécialisées qui prennent le relais. Celles-ci peuvent atteindre 22 000 enveloppes à l’heure selon le contenu à insérer, mais pour les votations communales, elles tournent généralement entre 3 et 11 000 enveloppes, selon le nombre d’annexes à inclure. Généralement, le nombre d’annexes par enveloppe est de quatre. Pour les votations du 8 mars 2026, exceptionnellement, chaque enveloppe contiendra sept annexes, combinant votations fédérales, élection complémentaire au Conseil d’État et élections communales.
Une douzaine de personnes du CEd interviennent tout au long de la chaîne de production, réparties en deux équipes de six. | Photo : BIC-MCDes équipes pluridisciplinaires
Une douzaine de personnes du Centre d'édition interviennent tout au long de la chaîne de production, réparties en deux équipes de six. « Il n’existe pas de métier spécifique de metteur sous pli, précise Christophe Léonardi. La plupart de nos collaboratrices et collaborateurs viennent des arts graphiques, impression ou polygraphie, et certains sont électriciens. L’expérience sur les machines est cruciale. »
Qualité et traçabilité
La qualité est contrôlée à chaque étape. Les imprimantes sont équipées de caméras qui vérifient que chaque page est correctement imprimée. Les machines de mise sous pli, quant à elles, scannent les enveloppes pour confirmer leur contenu, le nombre d’annexes et la correspondance avec le destinataire. Tout le processus est suivi par un logiciel, qui assure la traçabilité des enveloppes grâce à un QR code. Toute intervention humaine pouvant interrompre le flux est strictement encadrée, et les enveloppes sont validées électroniquement pour garantir leur intégrité. Christophe Léonardi explique : « grâce à tous ces contrôles, il nous est impossible d’égarer les enveloppes. Et au cas où l’une d’entre elles présenterait un quelconque défaut, on peut remonter à la source du problème très rapidement ».
Distribution et logistique
Une fois le matériel prêt, il est chargé sur des chariots postaux contenant chacun 24 caisses d’enveloppes. Chaque camion transporte 24 chariots vers le centre de distribution de la Poste à Daillens. Entre le 9 et le 13 février, la Poste assure la livraison des envois afin que les électeurs reçoivent leur matériel dans les délais légaux. Le calendrier est strict : « tout retard peut invalider l’entier d’un vote fédéral» indique Christophe Léonardi.
Les bulletins doivent suivre un canevas précis pour garantir leur lisibilité et la compatibilité avec les scanners de lecture optique. | Photo : BIC-MCNormes et standardisation
Les différents types de votation — fédérales, cantonales ou communales — obéissent à des normes strictes de présentation. Les bulletins doivent suivre un canevas précis pour garantir leur lisibilité et la compatibilité avec les scanners de lecture optique utilisés lors du dépouillement des bulletins au sein des communes. La couleur, la taille et la disposition des éléments sont uniformes selon le type de votation et le niveau de scrutin. Cette standardisation assure que chaque bulletin peut être traité efficacement, indépendamment du nombre d’objets ou de la commune concernée.
Une chaîne en constante évolution
Depuis 2021, les moyens de production ont été entièrement renouvelés, avec de nouvelles imprimantes et machines de mise sous pli, éliminant les problèmes techniques rencontrés auparavant. Une nouvelle imprimante à jet d’encre à huile, plus écologique a été également implémentée. L’objectif est simple : assurer que chaque citoyenne et citoyen reçoive un matériel complet, conforme et sécurisé. Pour Christophe Léonardi, cette rigueur technique est essentielle : « Mon rôle est de préparer tout ce qui touche à la production, des équipes aux lots, en passant par le suivi informatique, pour que le processus se déroule sans faille. » (DE)










