Carte climatique montrant la situation actuelle à Lausanne à 4h du matin
Situation actuelle: une carte de température nocturne (4h du matin) dans la région lausannoise. Carte | État de Vaud
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Cartographier la chaleur pour mieux s’y adapter

Face à la récurrence de plus en plus fréquente d’épisodes caniculaires, le Canton de Vaud s’est doté de cartes climatiques modélisant les conditions actuelles et futures à l’échelle du territoire. Un outil qui permet d’identifier les zones les plus exposées aux fortes chaleurs et d’orienter des projets d’adaptation, comme la revitalisation du jardin de circulation de Lausanne.

Situation actuelle: une carte de température nocturne (4h du matin) dans la région lausannoise. Carte | État de Vaud
5 minutes de lecturePublié le 25 juin 2026

Les scénarios climatiques CH2025 confirment une tendance désormais bien connue: la Suisse se réchauffe. À l’horizon 2060, les vagues de chaleur devraient devenir plus fréquentes, plus intenses et plus longues, tandis que les étés seront davantage marqués par des périodes de sécheresse. Les nuits tropicales, durant lesquelles la température ne descend pas sous les 20 degrés, seront plus nombreuses. Ces épisodes sont particulièrement problématiques, car ils empêchent les bâtiments et les organismes de se rafraîchir après une journée chaude. Mais tous les territoires ne seront pas touchés de la même manière: selon l’exposition, l’altitude, la densité du bâti, la présence de végétation ou encore la nature des sols, les effets de la chaleur peuvent varier fortement d’un quartier à l’autre. C’est précisément pour mieux mettre en évidence ces différences locales que l’Office cantonal de la durabilité et du climat (OCDC) et la Direction générale du territoire et du logement (DGTL) ont développé des cartes climatiques.

Carte climatique des températures noctures dans la région de VeveySituation actuelle: carte de température nocturne (4h du matin) dans la région de Vevey. Carte | État de Vaud

Cartographier le climat de demain

Les cartes permettent de visualiser les conditions climatiques à l’échelle du territoire vaudois. Elles montrent notamment les températures diurnes et nocturnes, les zones exposées aux fortes chaleurs ainsi que les principaux flux d’air froid. L’intérêt de ces cartes est de rendre visible un phénomène parfois difficile à percevoir à l’échelle du territoire. Deux lieux proches peuvent en effet connaître des conditions très différentes selon leur environnement immédiat. Un secteur dense, minéral et peu végétalisé n’accumule ni ne restitue la chaleur de la même manière qu’un parc, une zone agricole ou un quartier traversé par des courants d’air frais.

Les modélisations réalisées illustrent bien cette évolution. La carte de température nocturne actuelle montre déjà des différences marquées entre les secteurs bâtis, les zones végétalisées et les espaces périurbains. Mais la situation future concernera davantage de territoires, explique Tristan Mariethoz, collaborateur scientifique à l’OCDC: «Si aujourd’hui la problématique thermique se retrouve essentiellement dans les centres, elle va sérieusement se généraliser à près de deux-tiers des espaces bâtis d’ici 2060.» Ces cartes ne servent donc pas uniquement à constater le réchauffement: elles permettent d’identifier les secteurs les plus sensibles et de mieux cibler les mesures d’adaptation.

Les îlots de chaleur et leurs enjeux

Les cartes climatiques mettent notamment en évidence le phénomène des îlots de chaleur. Pour Tristan Mariethoz, il se traduit par «une élévation locale de température dans les espaces bâtis par rapport aux espaces ruraux avoisinants, et génère une pression sanitaire importante pour la population.» Ce surplus de chaleur s’explique par plusieurs facteurs: la forte présence de surfaces minérales, l’imperméabilisation des sols, la densité du bâti, le manque de végétation ou encore les matériaux utilisés dans l’espace urbain. Durant la journée, les routes, les façades, les places bétonnées ou les surfaces asphaltées absorbent une partie importante du rayonnement solaire. Cette chaleur est ensuite restituée lentement, notamment pendant la nuit. Résultat: la température peine à redescendre dans certaines zones bâties, ce qui accentue l’inconfort thermique et limite la récupération après les journées de forte chaleur.

Les conséquences ne sont pas seulement une question de confort. Lors des épisodes de canicule, la chaleur peut représenter un risque accru pour la santé, en particulier pour les personnes fragilisées. Plus largement, «l’enjeu du simple confort thermique sera rapidement remplacé par celui de l’habitabilité même des espaces bâtis», résume Tristan Mariethoz. Les îlots de chaleur posent ainsi des questions d’aménagement: comment créer davantage d’ombre? Comment laisser l’eau s’infiltrer dans les sols? «Les solutions pour rafraîchir nos rues et espaces publics s’inscrivent dans le sens d’une renaturation des milieux trop fortement minéralisés», répond Tristan Mariethoz. L’enjeu consiste désormais à intégrer ces mesures dans des projets concrets.

A gauche, vue aérienne de la Vallée de la Jeunesse à Lausanne. A droite, carte climatique du même endroit à 14h.À gauche, vue aérienne de la Vallée de la Jeunesse à Lausanne avant la renaturation. Le jardin de circulation est dans le cercle rouge. À droite, la carte représente les températures à 14h et met bien en évidence le phénomène d'îlot de chaleur qui touche le lieu. Photo | Ville de Lausanne. Carte | État de Vaud

De la carte à l’action: le jardin de circulation de Lausanne

Les cartes climatiques, fournies par les autorités cantonales, peuvent ainsi être utiles aux communes pour réaménager les espaces publics. À Lausanne, la revitalisation du jardin de circulation de la Vallée de la Jeunesse illustre cette transition du diagnostic à l’action. Le site, destiné à former les enfants aux règles de la circulation routière, est conçu à l’image de l’espace urbain des années 1960. «De nombreux espaces artificialisés ressemblent encore à ce modèle d’urbanisation inadapté aux enjeux actuels, explique Tristan Mariethoz. Il faut le changer en y intégrant de la qualité.» Le jardin de circulation présentait ainsi plusieurs caractéristiques aujourd’hui problématiques: une faible présence végétale, des sols largement minéralisés et imperméables, ainsi qu’un système de collecte et d’évacuation rapide des eaux pluviales. Ces éléments contribuaient à la surchauffe du lieu et à la formation d’îlots de chaleur. Ils posaient également un autre problème: le site participait à la surcharge des systèmes de drainage lors d’épisodes de fortes précipitations. Le projet de revitalisation a donc cherché à répondre simultanément à ces deux enjeux: rafraîchir l’espace et mieux gérer l’eau.

Le jardin de circulation a ainsi été transformé en conservant sa fonction première d’apprentissage. Une partie centrale du site a été désimperméabilisée, les pentes du terrain ont été réajustées et un étang a été créé. Ces aménagements permettent de retenir temporairement l’eau de pluie et de favoriser son infiltration plutôt que son évacuation immédiate. Le projet a également renforcé la présence végétale grâce à diverses plantations d’arbres et d’arbustes. Le jardin devient ainsi un espace capable de mieux absorber l’eau, de limiter la surchauffe et de sensibiliser à la relation entre la ville et la nature. Au-delà de sa fonction pédagogique initiale, le site montre comment un espace très minéral peut être repensé pour répondre aux défis climatiques actuels.

Vue d'ensemble du jardin de circulation après renaturation, avec des arbres et un étangLe jardin de circulation après renaturation. Le sol a en grande partie été désimperméabilisé, des arbres ont été plantés et un étang a été créé. Photo | Ville de Lausanne
Vue de l'étang qui a été créé.Les pentes du terrain ont été modifiées pour rediriger l’eau de ruissellement vers un étang et des fossés végétalisés peu profonds nouvellement créés. Photo | Ville de Lausanne

Anticiper pour mieux adapter

Les cartes climatiques ne révèlent pas seulement un climat plus chaud. Elles permettent surtout de comprendre où les effets du réchauffement seront les plus marqués et quelles mesures peuvent être mises en place pour y répondre. Face à des étés plus chauds, à des nuits tropicales plus fréquentes et à des épisodes de pluie plus intenses, l’aménagement du territoire devient un levier essentiel de l’adaptation climatique. Des cartes au terrain, l’enjeu est désormais de transformer le diagnostic climatique en actions concrètes au service de la population et de la santé publique. (CG)

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