
Réouverture de la Maison de l’Élysée
Changement de décor à la maison de l’Élysée: après plusieurs mois de travaux, de nouveaux locataires ont récemment pris leurs quartiers dans cette emblématique bâtisse lausannoise. Le Conseil d’État, qui l’utilise comme lieu de réception, la partage désormais avec la Direction générale de la culture et l’Office des affaires extérieures. Visite des lieux.
En 2020, le départ de Photo Élysée (Musée cantonal pour la photographie) vers Plateforme 10 a donné l’opportunité au Conseil d’État de redéfinir l’affectation de la maison en véritable lieu de travail de l’administration cantonale. En concordance avec sa stratégie immobilière, il a souhaité accueillir à l’Élysée le personnel de deux entités administratives qui occupaient auparavant des locaux loués: la Direction générale de la culture (DGC) et l’Office des affaires extérieures (OAE).
La présidente du Conseil d'État, Christelle Luisier Brodard, et l'architecte en chef des rénovations, Philippe Pont, lors de la cérémonie de remise des clés de la maison de l'Élysée. Photo | ARC SieberEffacer la logique muséale
Mais réaffecter les locaux utilisés par un musée en lieu de travail administratif présente de nombreux enjeux, décuplés ici par l’importance patrimoniale de la maison de l’Élysée. Philippe Pont, ancien directeur général des immeubles et du patrimoine du Canton, présidait le Comité de pilotage en charge du projet. Il détaille les défis posés pour effacer la logique muséale de la maison sans la dénaturer: «Il a tout d’abord fallu faire rentrer la lumière naturelle dans le bâtiment. Toutes les plaques qui occultaient les fenêtres pour protéger et mettre en valeur les photographies du musée ont été enlevées.» Les restaurations ont également permis de retrouver les volumes qui contribuaient au charme de la maison. Les cloisons autour de l’escalier central, ajoutées à l’occasion de l’arrivée du musée, ont ainsi été supprimées afin d’ouvrir l’espace et de valoriser les éléments qui faisaient déjà partie de la maison.
Un chantier sous contrainte patrimoniale
Restaurer en tenant compte de l’héritage muséal de la maison n’était pas la seule raison qui en faisait un chantier particulier. La demeure est en effet classée en note 1 au recensement architectural vaudois et de nombreuses contraintes patrimoniales ont également dû être prises en compte. Les vieilles fenêtres ont ainsi pu être réhabilitées en conservant leur style avec des verres extra-fins, qui ont l’avantage de présenter un excellent rapport énergétique. Car si le gros des travaux visait à transformer les espaces du musée en bureaux, des adaptations ont été nécessaires dans le reste de la maison afin de la remettre au goût du jour en matière énergétique. Parmi les principaux travaux, l’électricité a complètement été refaite, les combles et la toiture ont bénéficié de travaux d’isolation, et les sanitaires existants ont été entièrement rénovés. Cette modernisation énergétique s’accompagne également de l’ajout d’équipements techniques qui rendent la maison fonctionnelle pour travailler dans de bonnes conditions. Deux ascenseurs ont par exemple été installés, de même que tout le matériel nécessaire pour organiser des visioconférences.
Les salons d'apparat de la maison étaient déjà bien conservés. Photo | BICUne maison pensée pour représenter et accueillir
La partie de la maison occupée par le Conseil d’État n’a eu besoin que de quelques rafraîchissements. Il faut dire qu’une attention particulière était déjà accordée à l’entretien de ce secteur: l’Élysée est un lieu d’apparat où se tiennent les réceptions officielles du Gouvernement vaudois. C’est aussi un lieu de pouvoir pour l’exécutif, qui y organise une partie de ses séances hebdomadaires.
Deux entités administratives dont les missions résonnent avec le lieu
Avec la fin des récentes rénovations, la maison accueille désormais deux services dont les missions résonnent particulièrement avec son histoire et sa fonction, en premier lieu la Direction et les Services centraux de la DGC. Pour son directeur général, Michel Vust, «il était attendu que le lieu conserve une forme d’usage culturel. Être dans un bâtiment riche de cette histoire a du sens au vu de notre mission d’encouragement de la culture patrimoniale.» La maison de l’Élysée reste par ailleurs encore très associée au musée de la photographie, qui a conservé cet héritage en se renommant Photo Élysée lors de son déménagement à Plateforme 10. Dans les bureaux, quelques traces de ce passé sont discrètes, mais encore présentes: le grand bar en aluminium de la cafétéria demeure dans la salle de pause, tandis qu’une fresque en lien avec une ancienne exposition recouvre toujours l’un des murs. Pour Michel Vust, la chance donnée à la DGC de s’installer à l’Élysée témoigne de la place grandissante accordée à la culture par le Conseil d’État.
Roland Ecoffey, chef de l'Office des affaires extérieures: "C'est une maison ouverte sur les autres, où les partenaires institutionnels avaient l’habitude de venir." Photo | ARC-Sieber
Michel Vust, directeur général de la culture: "Être dans un bâtiment riche de cette histoire a du sens au vu de notre mission d’encouragement de la culture patrimoniale." Photo | ARC-SieberSi la DGC prolonge symboliquement l’aspect culturel de l’Élysée, les missions de l’OAE entrent particulièrement en résonance avec le rôle de représentation de la maison. L’OAE occupe une place transversale dans les relations extérieures de l’État et veille à la défense des intérêts du Canton sur les scènes intercantonale, fédérale, et internationale. Son installation à l’Élysée est une évidence pour son chef, Roland Ecoffey: «C’est une maison qui est ouverte sur les autres, où les partenaires institutionnels avaient déjà l’habitude de venir pour des réunions. Que l’Office des affaires extérieures soit intégré dans ce concept de maison de l’Élysée, ouverte, avait donc du sens.» Le rôle de représentation joué par la maison influence la manière de recevoir et permet de renforcer l’image du Canton: «L’Élysée, c’est la maison de réception du Conseil d’État, on invite nos interlocutrices et nos interlocuteurs dans un lieu de pouvoir. Symboliquement, c’est autre chose», confie Roland Ecoffey. Avant sa restauration, la maison de l'Élysée servait déjà de lieu de rencontre naturel: «C'est pratique pour un Valaisan, pour un Bernois, pour un Genevois. On a réalisé énormément de séances ici par le passé.»
Une salle de conférence pouvant accueillir 100 personnes a été créée dans les combles de la maison. Photo | ARC-SieberÀ noter qu’une grande salle de conférence a justement été créée lors des travaux dans les combles de la maison. Avec une capacité d’accueil de 100 personnes, elle permet l’organisation de davantage d’événements et renforce le rôle de la capitale vaudoise comme épicentre de l’intercantonalité romande.
Un cadre de travail particulier
Les collaboratrices et les collaborateurs de la DGC et de l’OAE ont dû redéfinir leurs habitudes lors de leur arrivée à l’Élysée, où le cadre donne une atmosphère de travail particulière, loin de l’agitation de la ville. Flore Gaillard, responsable des dossiers de politique fédérale à l’OAE, confie: «C’est assez sympa de travailler et de voir des écureuils juste devant sa fenêtre.» «C’est un coin de paradis, ajoute Roland Ecoffey, le matin, quand vous arrivez tôt, vous n’entendez pas les voitures qui klaxonnent: ici, c’est le chant des oiseaux, ça change.»
Les plaques qui occultaient les fenêtres du temps du musée ont été ôtées pour laisser entrer la lumière naturelle. Photo | ARC-SieberDe nouveaux usages de travail
À cet environnement singulier s’ajoutent de nouveaux usages de travail qui participent à moderniser la maison. Les collaborateurs de la DGC n’ont par exemple plus de bureaux attitrés: «Chaque matin, on peut s’asseoir à une place différente», explique Michel Vust. Cette organisation flexible et très contemporaine du travail est favorisée par des espaces ouverts qui permettent des échanges plus fréquents et plus naturels.
Une nouvelle étape de son histoire
Derrière ses façades historiques et son jardin emblématique, la maison de l’Élysée est donc devenue un lieu de travail quotidien pour les équipes de la DGC et de l’OAE. Pour Michel Vust, cette transformation ne se limite d’ailleurs pas à une simple occupation de bureaux: «L’idée, ce n’est pas seulement de créer un lieu de travail, mais aussi un lieu de vie.» Un lieu que les équipes continueront à faire évoluer au fil du temps, avant de le transmettre à leurs successeurs. (CG)
De la demeure au lieu public
L’histoire de la maison de l’Élysée remonte au XVIIIe siècle. L’officier suisse Henri de Mollins achète en 1776 des terres au Petit-Ouchy et confie à l’architecte lausannois Abraham Fraisse la construction d’une maison de maître. La demeure, qui sera bâtie entre 1780 et 1783, prendra le nom de l’Élysée en 1834. Elle voit se succéder d’illustres occupants, notamment Madame de Staël qui y organise des représentations théâtrales. En 1971, l’État de Vaud rachète, avec la Ville de Lausanne, le domaine de l’Élysée. L’État devient propriétaire de la maison tandis que la Ville hérite de son magnifique jardin qui surplombe le Léman, offrant une vue imprenable sur les Alpes haut-savoyardes. Les autorités cantonales décident alors de restaurer la maison pour transformer la demeure d’habitation en lieu public. Le rez-de-chaussée et une partie du 1er étage sont occupés par le Conseil d’État, où il organise des réceptions officielles. Dans le reste du bâtiment, le Gouvernement décide d’une orientation strictement photographique et muséale: le Musée de l’Élysée est né.









